
08 juillet 2010 Entree en Chine
Longue route serpentante a travers les grands paysages du Xinjiang, terre de deserts et de montagnes dans lesquels se perdent hommes et chameaux assoiffes (enfin nous aurons finis par voir ces bestioles). Les hommes de la frontiere ne nous ont pas rate. On a bien compris que l'on rentrai en Chine. Apres une fouille en "bonne et due forme", ne nous restait plus qu'a appuyer sur l'un des boutons d'evaluation du personnel douanier, 3 boutons representant des smileys (visages ronds) du plus mecontent au plus satisfait, permettant ainsi d'apposer une note au service rendu. Un procede aussi hilarant qu'ignoble mais qui, a condition d'appuyer sur le bouton "content", permettait de voir un petit officier chinois heureux derriere son guichet.
08 juillet 2010 Descente vers Kashgar
C'est impressionnant de voir comment, d'un pays a l'autre, les paysages changent. Nous evoluons alors dans un monde different de celui du Kirghizistan. Beaucoup plus arride, beaucoup plus chaud car plus bas en altitude. Beaucoup de chameaux aussi, il faut venir ici pour les voir vivre dans ces vastes deserts montagneux de la soie et qui leur vont bien. Paysages sublimes. Les villages ne manquent pas d'attraits non plus dans ces coins recules de la Chine, des maisons jaunes peinturlurees de caracteres rouges ouighours (semblables aux caracteres arabes), la ou l'on s'attendrai a voir du chinois, et ou se cotoient quelques minorites d'Asie Centrale.
Un vent d'une rare violence se leve sur la route, balayant poussiere, sables et racines seches. En peu de temps le ciel vire au rouge et un souffle rageur s'empresse de venir fouetter nos visages et manque de nous balayer nous aussi. Nous nous abritons dans un village en compagnie d'un allemand (cycliste) lui aussi pris au piege des vents. A cote de nous une vieille femme pelle nonchalamment une tete de mouton et nous propose de rester pour le souper, invitation que nous repoussons tous trois poliement.
09 juillet 2010 Kashgar
Kashgar, le carrefour de l'Asie centrale, jadis une belle antique citee, elle aussi de ce vieux monde de la soie, et qui n'a pas grand chose a voir avec l'univers chinois, sinon que ces derniers y detruisent absoluement tout, au grand Dam des Ouighours (ethnie musulmane originaire du Xinjiang), et de tout le monde en fait. Lorsque l'on remonte ses venelles, celles qui respirent le saffran et la poussiere du Taklamakan (grand desert de l'Est), ou se bousculent les vendeurs de samsas et de nans a ceux des gros melons, il n'est pas rare de se heurter aux cimetieres de maisons, des champs de gravats temoins d'une marche forcee, celle d'une modernisation acceleree. Ainsi tombent chaque jour les vestiges de Kashgar pour renaitre en buildings bardes de neons.
Cette ville "en deux" perdure ainsi mais ne cesse d'envouter voyageurs et erudits d'Asie Centrale. Son histoire est si forte qu'on peut encore la sentir au confint des vieux quartiers. Des dedales de rues et de placettes aux murs ocres-dores, parfois enfummees de grillades, toujours pleines de ouighours. De vieilles et pittoresques terrasses de bois sculptees surplombant les marches. Veritables lieux de vie ou d'anciens papis, chechias a la tete, barbe de cent ans et vestes d'astrakan, observent le va-et-vient infernal des scooters electriques. Quelques rares muezzins s'evertuent a diffuser l'appel a la priere depuis des minarets presque a hauteur de rue.
Tous comme nos amis suisses et ecossais (des voyageurs qui ont parcourus cette meme route a velo), nous avions du poid a reprendre apres les pays en "stan", ainsi nous nous sommes livres a des tablees d'ogres faites de maintes mets chinois, savoureux et peu chers, boudant la cuisine locale faite essentiellement de mouton, trop de mouton tue le mouton.
Le Marche aux Animaux et le Sunday Market, les immanquables de Kashgar ! Si au premier on peut y voir des foules d'hommes debattant du prix du betail : anes, boeufs de compet' et moutons a queues grasses, ou encore observer les cuisiniers ouighours tresser les leghmens (sorte de spaghettis) a la main, le second rassemble une population beaucoup plus mixte, faite d'hommes et de femmes ouighours, chinois ou touristes. Ce grand bazar etale aussi bien les tresors du Xinjiang (mais aussi des tapis iranniens, turkmenes et kirghizes) que les souvenirs kitschs et le "made in china". Des femmes aux voiles de soies multicolores viennent aussi bien pour s'y chamailler de belles etoffes que des bouilloires en toc, quand elles n'agrippent pas les touristes afin de leur vendre une fourrure de renard ou de loup. On y vend encore des epices ou du the, mais le plus curieux reste les crapauds, serpents, hippocampes et scorpions seches, vendus a des fins medicinales.
Kashgar, malgre son evolution consternante, fera certainement parti des moments forts de notre voyage, des -coups de coeur-, si bien qu'on aimerai se dire qu'il serait possible de la revoir un jour telle que nous l'avons connue...
20 juillet 2010 Traversee du Xinjiang
Bon... on l'a traverse en train ce "Xinjiang", surtout pour ne pas pedaler dans le Taklamakan, une telle entreprise pouvant vite s'averer penible en plein milieu de l'ete. Et puis surtout nous avons fait des choix, comme visiter le Qinghai (province chinoise au nord du Tibet) ou encore le Sichuan (Sud-Est du Qinghai...), des choix que nous ne regretterons pas.
A Kashgar, la gare nous parait immense, digne d'un aeroport en fait. Le zele chinois y est tel que tout le monde passe a la fouille avant d'etre entasse dans un grand hall, interdit de quai avant le "coup de sifflet" qui ouvrira le bal : la course au wagon. Au signal le ton est donne, pas de temps pour les au revoirs, des femmes en casquette surboostees orientent les marathoniens vers leur voiture et mieux vaut pas trainer. Une belle demonstration d'organisation chinoise, mais qui fiche un coup au romantisme de gare.
Le train lui-meme n'echappe pas a la couture chinoise : des rangees de sieges aussi raides que serres, afin d'y assoir le plus de monde possible, il y a du monde en Chine, et il est de bon ton de ne pas se tromper d'assise, ni de laisser trop depasser son sac. De toute facon quelqu'un est la pour verifier, oeil plisse, bras tendu, a l'affut du bout de sac qui se demarquerait trop des autres. Une rigueur frappante pour qui n'a pas l'habitude, qui retombe vite une fois le train parti, que les gens sont fatigues, ne tenant plus en place. On assiste alors au spectacle du train, un instant de voyage, des chinois endormis les uns sur les autres, dans des positions etudiees, sinon inimitables. D'autres points forts : les chinois qui jouent aux cartes, les quelques echanges maladroits avec ces derniers ou ces points d'eau chaude servie a volonte dans les tasses de the et les pots de nouilles instantanees.
Le desert du Taklamakan est magnifique, depuis le train.
Escale a Turpan, une ville du desert situee en dessous du niveau de la mer, une des pires fournaise chinoise, un desert dans le desert. Le genre d'endroit qui sent le sauna, nous brule les narines et nous laisse en nage. Mais quel bel endroit ! Ces ruelles de maisons aux coffres troues sur les toits, recours a la chaleur, ce minaret de style afghan et ces paysages des sables... Deux jours n'y sont pas de trop, et nous reprenons la route de l'Est, direction Lanzhou.
22 juillet 2010 Xia'he et l' Ecole des bonnets jaunes
Arrivée à quai, descente à Lanzhou. Un vieux papier à la main sur lequel un ami avait griffonné : "Allez voir Labrang", nous sautons dans un taxi plein gaz vers la gare routière. Pas le temps de visiter Lanzhou, sinon depuis la fenêtre du véhicule fonçant dans le décor sino-infernal. Quelques chinoiseries administratives pour deux billets, et nous voilà assis dans le car (je rappel que nous sommes des voyageurs à vélo). Là encore c'est une question de vitesse : le chauffeur, le genre à se servir que d'une pédale et d'un klaxon, décibels plein pot, charge sur Xia-he à travers les montagnes-terrasses et les villages Hui (ethnie musulmane chinoise) du Gansu, peuple opprimé par les chauffeurs d'autobus. Nous arrivons entiers à destination, exception faite des moines tibétains tout le monde est décoiffé.
Xia-he, une ville de montagnes, mi chinoise mi tibétaine (comme beaucoup de villes tibétaines en fait...), au prolongement de laquelle se dresse le monastère de Labrang, l'un des six principaux monastères gelugpa (école des bonnets jaunes), fort d'une grande présence de moines bouddhistes. Des rues pleines de têtes rasées sur des kesas bordeaux/pourpre, des femmes tressées sous des chapeaux à plumes, soutenues par des ceintures d'argent et de malachite, de grosses perles bleues plein le cou, tournant des murs de moulins à prières à en faire trembler le monastère. Les tibétains sont beaux, chose sûre, experts dans l'art de se saper, d'où cette ressemblance avec les péruviens.
|