Avril 2010
Entree en Iran

C'est l'entrée dans un autre monde. Les montagnes, les villages, les gens et le temps lui même ont changes. En l'espace de quelques mètres il fait été.
Aujourd'hui est un jour spécial "Norouz" en Iran, celui du premier jour du recommencement. Les gens ont arrêté de travailler, fuis les villes pour envahir les campagnes. C'est le pays tout entier qui se met au vert ! On peut voir une jolie petite motte d'herbe sur toutes les voitures afin de mieux célébrer ce jour. Les familles entières recouvrent champs et prés. Venus avec leur tente (les iraniens adorent les tentes), tous s'adonnent au pique-nique, aux jeux de ballons, au badminton ou a la danse folklorique.
Notre arrivée au pays produit son effet, on nous salue, on nous souhaite la bienvenue, on nous apporte des gâteaux, des friandises, des sodas, du thé mais aussi des brochettes de poulet et de mouton.

C'est une route au parfum de thé, le long de laquelle les samovars fument allègrement. Les gens nous invitent a nous arrêter pour un verre de thé ou dix. Les routiers eux-même en transportent plein leur camion. Montagnes et déserts ont des textures étrangères, emprunts d'une atmosphère azéri, et qui semblent exercer une certaine influence sur notre tempérament.Le temps d'une petite pause nous observons défiler ces véhicules aux chargements audacieux, un spectacle aussi burlesque qu'inquiétant. Puis le trafic s'épaissit encore davantage tandis que nous approchons de Tabiz, une ville qu'il nous tarde de découvrir.


Avril 2010
Tabriz

L'ancienne cité Ilkhanide et jadis capitale de l'Azerbaïdjan est en pleine effusion a l'heure ou nous l'entrons : les étudiants affluents et se mélangent aux tchadors ou aux vendeurs de pastèques, plus loin les mécanos squattent les trottoirs tandis qu'ailleurs leurs femmes, dont le maquillage déborde abondamment du voile, se pressent devant les vendeurs de tuniques et de foulards. Tout le monde parle avec tout le monde, et pour notre surprise, parle librement. Certains couples se tiennent la main dans la rue, effaçant dans leur sillage nos vieux préjugés. Mais la ville manque d'étrangers, si bien qu'on se précipite pour notre bienvenue, ou pour nous poser l'habituelle question : "Do you like Iran ?", une question qui en dit long sur la réputation dont souffrent encore ces gens.
Il nous a fallu peu de temps pour tomber sous le charme de cette ville, bien qu'elle ne soit pas la plus touristique des destinations iraniennes. Mais Tabriz a une ame a partager : a travers son bazar (le plus grand bazar couvert d'Iran), qui sent la poussiere et les epices, dans lequel on s'enfonce pour se perdre entre les pasteques, les tapis ou les chapeaux faits de mouton, evitant de peu motos ou charettes qui deboulent de nulle part. Nous tuons le temps autour d'un the, nous vaquons dans l'un de ses nombreux caravanserails... De temps en temps les anciens sortent de l'ombre pour nous conduir vers les entrailles et nous conter l'histoire des lieux ecrite depuis les murs, nous ouvrant au passage les portes des mosquees. Nous faisons ainsi connaissance avec le gardien des chaussures, fidele au metier depuis voila 80 annees. Ces detenteurs de clefs, pilliers du bazar et derniers temoins de son passe partiront un jour avec toute la magie qu'ils y ont apporte.
Le reste de notre temps nous l'occupons autour et dans la mosquee bleue,  la collection de sceaux du musee d'Azerbaidjan, les ragoutants dizis, a nous faire recurer dans ce hammam qui necessiterait pour lui-meme autant de soins, a compter les clients des cafes a shishas fumant en rang, face a face, et cette laiterie ou nous allons tous les matins manger le pain qu'on trempe dans la creme et dans le miel...


Avril 2010
Route vers Teheran

Traversee des gorges doucement arrides et blanchies par les fleurs des cerisiers. C'est vrai ! c'est le printemps... c'est beau le printemps en Iran. Bucolique et transportant. On se laisse aller la tete en arriere comme pour mieux humer le parfum de l'air, sur le goudron chaud descendant le court d'eau. Tantot quelques rares essaims de camions viennent perturber la sieste ambulante, nous crachant au visage le noir qui bouchait leurs tuyaux.La route n'en fini pas de descendre, on s'y fait bien. Et occasionnellement, soit pour casser un peu l'agreable routine, soit pour la faire durer, nous faisons halte au frais d'un arbre ou d'un torrent.
Une fois, lors de l'une de ces escales, un type qui garait sa Peykan pres de nous
le temps d'un the, sorti une carabine de son coffre qu'il arma d'une de ces grosses balles d'or et de mort, avant de la tendre a Nico. Un peu panique par la penible offrande, et les deux doigts dans les oreilles, il bouda la proposition avec tant d'insistance que l'homme la tira lui-meme, quelque par au hasard de la montagne. Puis il rechargea une seconde fois sa petoire dans un gromelement de farsi qui voulait probablement dire : "a ton tour maintenant mon p'tit gars'...", et que Nico du refuser promptement. La comedie finie et le coup de feu parti, le quidam rencoffra l'objet de malheur pour nous offrir quelques sucreries et un petit bout de coran.

Du chaud, du plat, a flanc de montagne. Rien ne dure et les descentes non plus... impression de fondre sur place. Fumants sur l'asphalte brulant sous ce cagnard de 12h, et a l'affut d'une petite branche d'arbre pour toute ombre, nous repensons un peu aux sommets des bornes precedentes.

Bientot le soir, nous choisissons pour l'abrivent le large vert a l'oree du village de Soltanieh, d'ou domine le majestueux
dome du mausolee Khodabandeh, dont le bleu profond a fait la reputation, le genre de bivouac dont on se souvient.
Le lendemain matin apres la visite du dit monument nous retournons a nos velos en compagnie de quelques bus requisitionnes a l'occasion d'un rallye. Nous avons meme le droit a un comite d'accueil surprise de leur part avec interview televise et seances photos a l'appui. Mais en depit de toute la bonne intention apportee par les deux partis, leur faible pratique de l'anglais et notre pauvre farsi auront raison de la logique de conversation. La barriere linguistique n'alterera en rien la joyeuse fete et c'est les montures pleines de presents que nous repartirons.

Nos nuits sous la tente sont souvent marquees par le bruit du vent, des lointains camions ou des aboiements si un sommeil profond ne nous emporte pas avant. Cette nuit la tandis qu'il nous gagnait presque, des hurlements nous dispenserent de tout repos. Des loups !!! Tous pres de la tente ! Ca alors... Enfouis sous nos duvets de canard, excites comme des puces mais pas non plus terrifies (bien que par une envie pressante nous n'aurions pas mis pied dehors), nous ecoutions muets la chorale nocturne dechirer le silence, avant de nous hasarder la voie chevrotante a reveiller l'autre, qui bien sur ne dormait pas non plus...


Avril 2010
Teheran

Apres un passage d'une soiree a Quazvin, entrappercevant la mosquee, le bazar, le parc et son musee, nous choisissons de prendre le train afin d'eviter les turbulences d'un gros traffic en amont de la capitale. Plus tard dans le wagon un homme s'assie a nos cotes et, pousse par ce qui semble n'etre que de la saine curiosite entame la conversation. Seulement quelques gares plus loin les questions de notre invite se poursuivent sur des sujets aussi indiscrets que sensibles, tournant au gout amer d'un interrogatoire. Dissimulant notre gene derriere des sourrires forces, nous nous formalisons aux reponses de touristes idiots. C'est une fois en gare de Teheran que notre homme tourne bride. Ayant compris que nous ne sommes plus des poissons pour lui, il disparait alors apres nous avoir rendu ce petit service : une correspondance pour Esfahan.
Traverser Teheran n'est pas de tout repos, d'abord parcequ'il y a foule d'autos et de motos, et qu'y circuler a velo demande un certain effort de presence et de concentration. Il y a bien des panneaux et toutes sortes de signalisations pour la bonne intention. Mais les iranniens, bien trop presses et nombreux sur la route pour aviser selon preferent ignorer ce paysage, preferant une conduite locale teintee de negociations. Et bien que cela bouscule notre pragmatisme d'occident, personne ne nous renverse pour autant.

Arrivee a l'hotel : un repers bruyant mais bien vivant de sac-a-dos et de coreens. Nos courriels francais nous informent d'une triste nouvelle, le depart du grand-pere de Nico, il va donc nous falloir rentrer en France, du moins provisoirement. Nous qui imaginions le voyage comme un long fil continu,  nous etions que peu prepares a une telle eventualite. Ce n'est que l'affaire d'une semaine, avant de reprendre la route.


Avril 2010
Retour et depart d'Iran

Retrouvailles avec nos fideles montures, qui rouillaient sagement dans un coin de l'hotel. Retrouvailles aussi avec le monde fou qu'est l'Iran, et tellement different de celui d'ou on vient... Ce retour soudain a quelque chose de brutal, l'avion tuant les transitions. Mais la suite aura vite fait de nous replonger dans le bain. Commence alors pour nous une veritable course contre le temps. Notre visa Turkmene, de court sejour, commence sous peu. Nous nous pressons vers les derniers trains pour Mashaad, deja tous complets. Plus qu'une solution possible : prendre le bus. Cette alternative se jouerai tres bien en temps normal, mais quand on a deux velos pour baggages et qu'on ne pige pas mot de farsi, cela releve du defis. Les iraniens sont avenants et ont cette tendance a s'offrir en aide, peu importe le probleme, peu importent les solutions. A force de coups de mains et de negociations, nous embarquons pour des heures de voyage dans ces vehicules aussi uses que les routes, a ressentir jusqu'au moindre gravillon, et meme par chance cette petite averse. Les paysages que nous traversons, deserts arides et ocres montagnes chauvatres, nous font vite oublier les conditions.
Les derniers cols et deniveles passes, se projette au loin la frontiere turkmene, porte de beton culminant tout le vallon, ou deja quelques graffitis russes recouvrent les murs des rares habitations, gribouillis clandestins venus de l'autre versant.