Boukhara
Contrairement aux dires communs le passage de la frontiére turkméne s’est passé sans encombres. Les autorités ouzbeks quand a elles se montrèrent davantage tatillonnes. notament vis-à-vis de notre pharmacie qu’elles retournèrent sans merci.
Route déserte entre campagne aride et rivière. De temps en temps nous croisons des familles s’adonnant à quelque joyeuse baignade, sinon des ouvriers lançant leurs saluts depuis des pontons rouillés, et que la chaleur pousse à languir. Traversée d’un premier village, où la route, en piètre état, disparaît en poussière. Les ouzbeks sont là pour nous orienter, et parler football. Sujet sur lequel ils s’avèrent beaucoup plus renseignés que nous.
Arrivée à Qarakol, la seule ville avant Boukhara, sans pensions et sans hotels. A une station service nous nous informons quand aux possibilités de dormir ou de nous faire héberger. En réponse de quoi on nous propose le par-terre d’une salle de restaurant, entre tables et chaises, payant et bien trop cher. Quand la fatigue commence à nous gagner, il devient facile de succomber à toute proposition. Sur une place, à l’ombre des parasols, une concentration de mangeurs de glaces nous invite à nous asseoir, friands d’étrangers et de leurs petits tracas. Commence la longue série des négociations autour de ce fourgon bus qui part dans l’heure pour Boukhara, et sur le toit duquel nous attacherons nos vélos..
Découverte de la ville et de ses merveilles timourides, son Arc, son minaret Kalon et ses madrasas, dont l’une abrite toujours l’institution coranique. Mais aussi ses bazars à touristes, ses boutiques de souvenirs, pleines de vaisselles, de telpeks, de soie et de tapis... Certes de beaux objets, mais qui n’ont pas finis d’investir les vieux murs. Le genre d’entreprises qui profitent des hauts lieux historiques, où les cars sont légions, et les rues trop propres.
Mais la ville possède ses trésors cachés, qui méritent vraiment de s’y attarder. Comme dans ces ruelles, aux dernières heures de la journée, lorsque les premiers ballons de foot rebondissent et que le thé est tout juste bon à servir. Nous nous plaisons à l’observer aux différentes heures de la journée, comme à la tombée du jour, lorsque les coupoles bleues scintillent et les briques des maisons jaunissent. Et seulement une fois le soleil couché, nous nous hâtons vers les chaïkhanas pour nous baffrer de laghmans (nouilles neo-chinoises).
06 mai 2010
Route vers Samarcande
Nos derniers saluts sur Boukhara tombés et notre réserve d’eau et de pain à son comble, nous revoilà partis en selle pour la mythique Samarcande. Chemin faisant nous en profitons pour souffler les 26 bougies de Nico à l’ombre d’un arbre. Le soir nous faisons halte à Navoï, une ville absente de nos guides, dans l’espoir d’y trouver quelconque refuge ou hotel. Apres une heure a remonter ses longues avenues soviétiques en vain, nous finissons par atterrir au pied d’un hotel où l’on ne parle que russe, le seul du coin. Renseignés par quelque personne quant au faible coût des chambres, nous nous pressons vers l’intérieur pour réserver. C’est une fois au guichet que sonne une toute autre cloche. La réceptionniste, une grosse femme nonchalante, monte la note de la chambre jusqu’au seuil exorbitant qu’elle réserve aux rares étrangers. Ceux qui auraient le malheur de s’égarer la nuit à Navoi. Comme nous. Et sous prétexte de ne pas piger mot d’anglais, se ferme à toute négociation.
Un jeune couple d’ouzbeks rencontrés plus tôt près d’un parc, et qui s’étaient pris de sympathies pour nous, tandis que nous étions à la rue, s’offrent alors en gîte et en couverts. Et peu de temps après nous nous retrouvons attablés par terre autour d’une de ces grandes tables carrées, familières à la tradition, garnie de shorpa (mouton bouilli, navets, carrottes et pommes de terre), de non (pain traditionnel) et de l’éternelle vodka. Brevage insipide qui vous brûle l’oesophage jusque dans l’estomac. Et qu’il est impoli de refuser dans notre cas. Malgré nos réticences, on fini par nous forcer la main. Et c’est alors que commence le ballet des godets, on trinque gaiement, puis les verres se vident, quelque part entre nos nez et nos mentons. On a mal un instant, puis on se reprend doucement avant d’en remettre une. Le calvaire perdure assez jusqu’à ce que notre fatigue oblige nos hôtes à disposer.
Longue route plate et monotone, entre fermes, usines et interminables champs de coton.
Ca y est. La tente est fin plantée et le dernier fond de pâtes avalé. Les conditions réunies pour une bonne nuit. Vient ce berger qui, en s’approchant de notre maison, nous invite dans la sienne pour un thé. On se regarde, on se tâte, puis sous l’insistance on fini par accepter. Refus délibéré de vodka. Tans pis pour la notoriété.
08 mai 2010
Samarcande
Une dernière colline nous sépare de la ville, et déjà des toits de tôle poussent en amont. Cédant bien vite leurs places à celle d’un nouveau monde, propre et moderne. Prospection du fameux Registan, dont on parle tant jusque dans nos contrées, coeur même de la ville et excellent repère. Pose `trophée` devant avec les vélos, avant de comprendre notre méprise quant au bâtiment, qui bêtement n’est pas le bon. Après plusieurs essais nous parvenons à trouver notre compte. Cette fois-ci la confusion est impossible, il ne peut s’agir que du bon. Portails sublimes, si bien conservés et d’une rare beauté, et leurs colonnes qui n’en finissent pas de pencher. Une image de voyage que rapporteront les nombreux Nikons et Canons, flashant sans répis les environs.
Si les madrasas et les mausolées de Samarcande n’en finissent pas d’enchanter, la ville souffre en vérité d’une ingrate politique d’urbanisation. Celle qui, au nom du tourisme et de la modernisation, balaye avec rage les vieux quartiers, qui faisaient pourtant le charme authentique de la cité.
Veillées animées dans l’auberge où nous séjournons, à écouter les récits passionnants de nos amis, voyageant depuis les quatres horizons.
Une nuit, tandis qu’une tempête frappait Samarcande. Nous nous sommes retrouvés avec quelques amis volontaires pour une belle expédition. Arnachés d’impers et de surpantalons, nous sommes partis à quatre sous l’épaisse pluie contempler la foudre s’abattre sur les murs du Registan. Pris de court par la soudaine saucée, les guardiens étaient partis s’abriter, laissant derrière eux les portes des madrasas grandes ouvertes. Ainsi nous avons saisi l’opportunité, et admiré en silence la nuit gronder depuis les jardins interdits. Spectacle insolite bientôt bouleversé par le retour de guardes, et l’expulsion immediate.
12 mai 2010
Le soleil, les anes et le coton
Apres mure reflexion, nous choisissons de ne pas nous attarder entre Samarcande et la capitale, les grandes routes n'ont rien de bon. Commencent alors les premiers kilometres d'une serie de longues journees de velo. Il y a tout de meme ce crochet par lequel nous sommes passes, en bordure des Monts Fans, pas des plus courts mais saisissant. Puis cette route monotone. Infinissable droite coupant a travers anes et champs de cotons, brulee par le soleil, avec pour seuls repis les tables-a-boissons installees aux ombres, ou siestent quelques poignees d'ouzbeks.
Les gens d'ici sont pour la grande majorite genereux et tres accueillants, ce qui casse pour beaucoup la solitude des routes. Ainsi chaque soir, et peu importe l'endroit, nous ne rencontrons de difficultes a nous faire heberger. Et pour peu que l'on tienne a notre tranquilite, meme bien cache, on a vite fait de nous faire inviter.
Un soir, alors que nous n'en finissons pas avec les abords etales d'une ville, de jeunes gens nous offrent pour toit une chambre dans un hotel particulier. L'etablissement, un bloc glauquissime et fissure de partout n'est seulement peuple que de quelques camioneurs et de leurs compagnes d'une nuit. Les passages de trains font trembler sans relache les vieux murs crepiteux de la chambre, qui fondent en en poussiere. Puis au vacarme fini se succede dans la nuit le long chant plaintif de mille anes des pres.
15 mai 2010
Tashkent
De grands boulevards rectilignes, propres et boises de toute part, aux long desquels germe toute la flore post-sovietique : des buildings aussi russes qu'ouzbeks. A priori la ville ideale pour un sejour de demarches administratives, avec ses quartiers faits de banques et d'embassades. Souvent le passage oblige des voyageurs d'Asie Centrale, le centre nevralgique de ces baroudeurs de la soie.
Tashkent nous a retenu assez de temps, bien que nous ne nous plaignons pas. Nos demarches de visas furent pour toutes fructueuses, non sans peripeties, mais devancant parfois nos attentes.
Sejour peu desagreable. L'auberge ou nous sejournions, une taniere de voyageurs, y fut pour beaucoup. Nous nous y etions retrouves avec quelques copains afin d'y former une veritable famille. Atmosphere conviviale aux repas communautaires, lors des parties de shesh-besh, a l'opera, devant un ballet russe ou autour d'un the. Ainsi on ne s'ennuyait pas entre deux visas. Tous n'allions pas dans le meme sens, nous nous confrontions a des embassades differentes. Si bien que nous suivions les histoires de chacun avec attention, un peu comme dans une serie pleine de rebondissements, dont on s'empresse tant de connaitre la suite.
Le bazar de Chorsu, ses grands preaux a fruits et legumes surplombant les chaikhanas enfumees de shashliks, l'un des lieux ou nous allions depenser du temps, surtout nos premiers midis, lorsque nous etions feneants. Mais a force de repetitions, le gout du mouton finit par nous passer. Trop de plov tue le plov. Hantes par toute cette viande belant dans nos intestins, nous avions le besoin urgent de changements. Puis les derniers visas tomberent enfin. Nos amis suisses, Gill et Janos, nous inviterent nous et nos velos dans leur camion afin de lever le camp. Puis celebrer ce jour loin de la ville, quelque part sur la route, avant de chacun regagner nos frontieres.
Un grand merci a Gill et Janos, Ed et Helene, Bruno, Thierry et Jerome L. pour ces bons souvenirs que nous garderons.