L’Europe centrale

J’attendais des changements en sortant de l’Europe occidentale, et je n’ai pas été déçu. Le plus évident est de ne plus parler la langue du pays, ce qui change d’autant plus quand peu de gens parlent correctement anglais ou allemand. J’ose tout de suite moins demander à boire et demander son chemin devient plus compliqué.
Ce qui est dommage, parce que l’Eurovélo 6, piste cyclable trans-européenne que je suis depuis le Sud-Ouest allemand, est ici un fantôme. On aperçoit de temps en temps un panneau provisoire indiquait un itinéraire alternatif. Qu’il est fortement déconseillé de suivre car il fait passer par des champs de bosses à peine praticables.
Dans un bon cas, la piste ressemble à ça.
Dans un bon cas, la piste ressemble à ça.
A de rares moment, on a le droit à une vraie piste cyclable sur quelques kilomètres. Mais ce n’est pas beaucoup plus recommandé, car elle s’arrête brutalement, parfois au milieu de nulle part et sans aucun panneau l’annonçant en amont. Reste alors à faire demi-tour.
On a plus d'argent, on va arrêter la piste ici sans prévenir personne.
On a plus d’argent, on va arrêter la piste ici sans prévenir personne.
Ces morceaux de piste cyclable font parti des projets réalisés car financé par un argent qui vient d’ailleurs, mais ils ne sont pas là pour aider les cyclistes. J’ai passé deux nuits et une journée chez Milan, dans un petit village à 100km de Budapest. Il est diplômé depuis quelques années d’un master en génie civil, mais ne trouve pas d’emploi correspondant à son profil, le secteur ayant arrêté de recruter depuis la crise. Depuis deux ans, il s’occupe des terres héritées par son père, où il cultive toutes sortes de fruit et légume tandis que son frère se charge du vin.
Il m’a montré ses cultures et je l’ai aidé une journée. Le temps de comprendre l’intérêt des machines en agricultures. Comme il a une grande diversité de cultures et une exploitation modeste, il fait tout à la main. Semence, arrosage, récolte, extraire les graines de maïs, enlever les mauvaise herbes, … Tout cela demande beaucoup plus de travail à la main et sans pesticide. Mais Milan a du temps, est très méthodique et cela semble réellement l’intéresser. Mais alors que le marché de l’emploi semble mieux se porter, il voit apparaître des candidatures correspondant à son profil et veut enfin utiliser ses connaissance d’ingénieurs.
Lors de la visite du village, nous saluons le nouveau maire, un jeune élu il y a 6 mois. L’ancien était resté en place 30 ans, et date donc de l’époque soviétique. Mais il avait sa propre vision du communisme. On a ainsi appris qu’il louait aux village des dizaines d’hectares à 100€ l’hectare, pour lesquels il touchait 200€ l’hectare de subvention de l’état, sans compter les produits de l’exploitation agricole. Il disposait également à titre gratuit de quelques uns des hectares les plus fertiles du village. Et comme il avait le droit à une commission sur les projets du village, il a multiplié les projets, dont une partie importante est financé par l’UE, pour multiplier les commissions. Mais beaucoup de ces projets ont un intérêt très limité, comme celui de déplacer une falaise qui risquait d’engloutir quelques maisons… d’ici une centaine d’année.
Nous passons sur le chemin par un parc. Un samedi à 17h, et alors qu’il fait beau, il n’y a aucun enfant dans le terrain de jeux. Les jeunes sont partis vers les grandes villes, en Hongrie, Allemagne ou Angleterre.
Le lendemain, je retrouve une couchsurfeuse à Mohács (prononcez Mohatche) dans le Sud de la Hongrie. Prof d’arts au collège, elle est fan de cinéma européen, et adore voyager en Europe occidentale. Mais avec un salaire de 300€ par mois, ce n’est pas facile. Ce qui ne l’empêche pas d’être – comme tous ceux qui m’ont accueillis – très généreuse et veut m’offrir glace et pizza, mais j’ai cette fois un très bon argument pour refuser : j’arrive en Serbie le lendemain et dois écouler mes forints hongrois.
J’arrive en Serbie après avoir roulé quelques kilomètres en Croatie. Je m’arrête sur le bord du chemin pour acheter quelques fraises. Qui me sont offertes par le vendeur, sympathique avec un anglais bredouillant. Je veux alors acheter des figues pour ne pas le laisser sans rien alors qu’il se plaint des faibles salaires en Serbie, mais il insiste pour me les offrir, je suis son invité. Il me fait comprendre qu’il aimerait avoir plus de touristes en Serbie et que les serbes sont sympas.
Ce qui s’avère très vrai sur les prochains jours. Malgré un anglais (ou toute autre langue étrangère) inexistant en dehors des grandes villes, les serbes que j’ai rencontré se sont toujours montrés très accueillants et prêts à aider le touriste perdu sur son vélo.
La fin des pistes cyclables marque aussi la fin du plat et d’une certaine monotonie. Depuis l’arrivée en Serbie, je vois de nombreuses montagnes et avec elles de très beaux paysage, ce qui n’a fait que s’accroitre en Bulgarie, pays montagneux.
Une belle forêt
Une belle forêt en montagne
Le parc national de Djerdap est magnifique
Le parc national de Djerdap est magnifique
Les montagnes sont nombreuses en Bulgarie
Les montagnes sont nombreuses en Bulgarie
J’aurais du ramener ma plus belle photo d’une excursion en Bulgarie. Alors que je prévoyais de suivre l’ancienne voie qui reliait l’Est à l’Ouest de l’empire romain et qui va droit de Sofia à Istanbul en passant par Plovdiv, je rencontre un anglais qui me convainc de venir dans les montagnes à 80km au Sud de Sofia. Le paysage de rêves des 7 lacs me fait rêver, et après une nuit dans un chalet en train d’être refait, je pars à l’assaut de la montagne, j’ai 1000 mètres à gravir sous 4˚C. J’en ferait 400 à vélo et 600 à pieds. Mais alors que le temps est dégagé au départ, le brouillard monte et s’épaissit au fur et à mesure que je monte. Une fois arrivé en haut, on ne voit même pas à 10m.
On ne voit rien...
On ne voit rien…
La vue que j'aurais du avoir.
La vue que j’aurais du avoir.
Un peu rageant alors que j’ai eu pas mal de difficultés à trouver le bon chemin sans carte et que j’ai fait un gros détour spécialement pour cette vue.
Je suis à Edirne et prends demain, si tout va bien, le bus pour Istanbul, pour éviter la difficile arrivée dans la mégalopole avec des camions partout, éviter de me presser pour arriver, et en profiter pour écrire cet article et préparer la première vidéo.
Plovdiv, ma dernière visite en Europe.
Plovdiv, ma dernière visite en Europe.
Je retrouve demain mon frère Paul, qui va passer trois semaines avec moi. C’est lui qui est responsable de la suite de l’itinéraire, donc je ne sais pas encore trop où on va aller, mais la Turquie s’annonce au moins aussi montagneuse et belle que la Bulgarie !

Comments

comments