Pays
Kirghizistan

Kirghizistan

 
Tadjikistan


Tadjikistan





29 mai 2010
Entree au pays des montagnes

 

Passage frontiere Ouzbeko-Tadjik.

Au bureau de l'immigration la vie est au ralenti. Un gros nid d'hirondelles, proprement niche au dessus d'un solennel guichet ne semble en rien perturber la torpeur des tamponneurs de passeports. Bien au contraire, cet amas de terre, de brindilles et de gazouillis apporte un peu de poesie dans le morne quotidien du bureau de douane. L'assemblee, rythmee par la seule volonte des officiers, assiste en silence aux crottes et aux becquees. Un silence que personne n'ose troubler.

La bureaucratie voisine s'annonce encore plus rudimentaire. L'antre douaniere, un hangar delabre ou la fonction elle-meme se laisse aller, revet pour toute decoration des neons et quelques posters kitchs du president tadjik.
On nous glisse mollement un vieux thermometre sous le bras, et qui a du en voir passer tant d'autres sans jamais n'avoir ete rince, sinon par les fortes suees. Puis l'examen eclair termine, nous voila en degres de rentrer.

Nous sommes aujourd'hui au Tadjikistan, le pays des hautes montagnes, du Pamir, des bergers nomades, des yaks et des moutons de Marco Polo... La ou nous traverserons maintes ruines sovietiques, la ou bientot les routes ne seront plus des routes, et les rivieres des torrents.

Un vent violent nous pousse en arriere. C'est comme si le pays lui-meme ne voulais pas de nous. A force de coups de pedales nous lui faisons doucement face, soufflant comme des boeufs enrages au milieu de ce nul part desole. Une ombre pourtant, celle d'une ruine, combien-meme aurait-elle pu nous ravir, si elle n'etait pas deja occupee par cette fichue araignee. Une magnifique arachnide des sols brules, inhospitaliere comme le desert. Assez pour nous faire fuir, pas de sieste cette fois-ci...


juin 2010
Carnet de route (resume)

 

- Jour 01 : Arrivee a Khojand, sur la grande place du Bazar, ou il y a cette gastinitsa entretenue que par des hommes... Belle atmosphere de fin de soiree sur les toits de tole du bazar.

- Jour 02 : Journne encore tres chaude a travers de vastes agricultures. Pause dejeuner et longue sieste sur un tapchan a l'ombre, au bord de la route, ou passent quelques charettes d'anes.
Arrivee a Istravchan, negociation du dormir, l'hotellerie n'est pas le point fort de la ville. Goutons aux laghmans locales dans une minuscule cantine, planquee dans l'ombre, et frequentee par quelques barbus, fort sympathique.

- Jour 03 : La route gagne toujours plus en altitude, vaste paysage de lacs et fond de montagnes depuis un plateau. Nous roulons vers elles. jeunes cyclistes tadjiks nous tiennent compagnie, leur sac a dos bourre de shashliks. Nous faisons aussi route en compagnis d'anes, de charettes et de mashruktas. Nous nous approchons du col pour la nuit. Echanges avec quelques vieux des villages aux visages etonnants autour des kilometres restants, et les bonnes poignees de main, la gauche sur le coeur. Nombreuses bergeries de pierres seches en bord de route. Bivouac en surplomb d'un petit torrent, ecoutons le soir les bergers heler et siffler leurs troupeaux.

- Jour 04 : Ascension du col, quittons la bonne route pour la poussiere et les gravats, avec pour toute compagnie un defile de camions de marchandises, poussifs, calants, crevants et crachants leur epais carburant dans le fort denivele. Tunnel impraticable. Piste de plus en plus mauvaise et boueuse a l'approche des neiges. C'est pourtant la seule route qui uni les deux villes les plus importantes du pays. Col a 3378m, nous voila shootes a l'endorphine. Vue imprenable. De l'autre cote c'est la meme route ou pire. Tout baigne dans la poussiere. Arret devant la sortie du tunnel condamne, un torrent en sort, de la fumee noire... Ici c'est un peu la zone, les ouvriers ressemblent aux miniers de Germinal, ils nous reclament des clopes que nous n'avons pas (nous en acheterons pour les suivants). Arrivee sur Ayni. Une ville enfouie dans une valle creusee par un gros torrent boueux (le Zaravshan). Le coin a quelque chose d'un peu triste, la pluie en rajoute encore, ca sent l'abandon sovietique. Quelques ONG ont deja investient les lieux. L'une d'elles occupe la gastinitsa ou nous dormons, ou une statue de Lenine trone dans l'arriere court au milieu de ferrailles rouillees. Et les toilettes a la tadjik ! leurs trous, leurs odeurs...

- Jour 05 : Roulons sous la grisaille dans d'etroites gorges, mais c'est beau. Belle route precaire, nombreux eboulements, petits bouts de ponts, pierriers, quelques rares villages et maisons-wagons. Arrivee au bas du col, la police nous informe de sa fermeture en raison d'avalanches. Il nous faut prendre le tunnel, pas le choix. Le faire a velo n'est pas une bonne idee, du fait de ses 6 km sans lumiere, ses chutes d'eau, ses lacs et toutes ces machines qui trainent a l'interieur. En chemin nous attrapons un vehicule de fermiers au dessus duquel nous attelons les velos. Sarah a l'avant entre deux costauds, Nico a l'arriere avec un perdreau de combat remonte. La traversee du tunnel est bien impressionnante, le choix etait sage. Longue descente sur Duschambe, avec quelques petits tunnels ou seuls entrent chinois et velos. A l'interieur les ouvriers s'approchent de nous, curieux de voir a quoi ressemblent nos visages. Belle route et belles montagnes.


- 03 juin - Duschambe : Petite capitale, ou presque tout semble s'organiser autour d'un seul grand boulevard post-sovietique ou passent en trombe les 4x4 des nombreuses ONG presentes, la Rudaki street (nom d'un grand poete Tadjik). La ville est aussi pleine de militaires francais. Recherche de l'hotel, ici le choix est tres limite. Occupons notre premiere soiree autour de la fontaine devant l'opera, la ou l'on fait griller les shashliks. Prolongation de nos visas et de notre permis GBAO dans de droles de circonstances. Rencontrons d'autres voyageurs francais avec qui nous sympathisons. Une autre amie francaise, Lucia, ancienne chercheuse en Iran installee a Duschambe depuis peu pour de nouvelles recherches, nous accueille dans sa collocation, ce qui donne un gout plus charmant et interessant a notre sejour dans la ville.

- Jour 10 : Depart de Duschambe pour vite regagner la campagne. Arret pasteque en chemin, le genre de fruits qui rajoute plus de 5kg au chargement et qui fait transpirer dans les cotes, mais tellement bon une fois assis a l'hombre... traversee de jolis plateaux, avec de belles couleurs en fin de journee. Bataille avec un gros serpent lors d'une prospection de bivouac. Replis bivouac vers un gros pylone au milieu d'os de moutons, mais la vue est superbe. Il y a ce type etrange qui est plante la, debout pres de la tente, et qui nous observe un long moment sans mot dire, refusant poliement de gouter a notre puree, avant de disparaitre dans la nuit.

- Jour 11 : Traversee de petits villages, beaux paysages de campagne. On se fait servir une enorme assiette de barback malgre nous dans une chaikhana, et que, genes, nous ne pouvons avaler. Les tadjiks n'ont pas l'ame vegetarienne, et euvent s'empiffrer de viandes a tout instant.

- Jour 12 : Les paysages commencent vraiment a etonner. A un check-point on nous informe du drame qui secoue le Kirghizstan, qu'on y fait la guerre, et que les frontieres sont fermees. Pour l'heure nous n'en sommes pas encore la, meme s'il faudra bientot faire un choix. Le soir on se fait inviter dans une belle ferme isolee dans des gorges.

- Jour 13 : c'est la journee des routes terribles, boueuses, caillouteuses, qui salissent et abiment les velos. Traversees de gues, parfois en portant nous-meme les saccoches, puis les velos. Mais ca vaut le coup ! Les environs sont toujours de plus en plus beaux. Les villageois nous reservent des accueils chaleureux, on invite depuis toutes les chaikhanas, les enfants nous aident, on se montre attentionne a nos egars, on refuse nos presents.

- Jour 14 : Ascension du col sur de la tres mauvaise piste. En haut du col des momes bergers chevauchant fierement des anes se chahutent et se cachent le visage lorsque l'on essaye de les photografier. Notre presence les intrigue et semble beaucoup les amuser. L'un propose d'echanger son ane contre un velo. Le soir nous coulons le long des gorges, avec ce torrent fort en puissance qui ce jette dans la Panj a Kalaikhum, ou nous dormons.


juin 2010
Vis-a-vis sur l'Afghanistan

 

La Panj, torrent-frontiere separant le tadjikistan de l'Afghanistan nous fait l'effet d'une vitrine. Un torrent truffe de mines. Une veritable separation entre deux monde. Si le tadjikistan est etroitement desservi et "modernise", il n'en est rien sur l'autre rive, villages de pierres seches sans routes ni electricite. Si les femmes tadjiks semblent "liberees" et parfois peu voilees (ou pas du tout), de l'autre cote ce sont des bourkas qui se trainent lentement dans la poussiere, telles les fantomes de l'Afghanistan. Cela parait surrealiste. Mais le cote Afghan ne dispose que de peut d'espace du fait de ses abruptes falaises de montagnes plongeant dans la Panj. Et dans lesquelles ils ont du tailler ce chemin, le seul qui relie les villages entre eux, leur survie, un chemin sculpte au burin a meme la roche, etroit, irregulier, souvent perieux, et que seul la foi semble faire encore tenir. Nous roulons ainsi les yeux rives sur la ligne afghane, subjugues par ces kilometres de sentiers sur lesquels defilent des apparats de voiles et d'habits colores, des caravanes d'anes au galop, et dont les braiements resonnent le long des parois rocheuses avant de redescendre emportes par le cour d'eau. Nous pouvons les entendre, les voir, leur parler, mais pas les toucher. Le soir, une fois poses, nous contemplons la frise qui s'anime, tout comme les tadjiks font, et bien sur, de leur cote, les afghans aussi.
Nous roulons plusieurs jours dans ces gorges fascinantes, vertigineuses et infinissables. Une fois lors du dejeuner, nous observons des afghans s'agiter et crier, drapeau rouge a la main, avant de se refugier a l'abris, quand detonne une spectaculaire explosion. C'est alors tout un pan de montagne qui s'effondre en fracas dans le torrent, soulevant la poussiere jusqu'au ciel. Il ne s'agit pas de guerre, non. C'est comme ca qu'on repare la route de ce cote-ci du monde.


20 juin 2010
Carnet du Wakhan

 

-Jour 20 : Apres trois jours malades et accueillis dans une ferme le temps de nous remettre, partageant ainsi la vie de famille, la reunion pour arranger le marriage de la fille, et ou l'on tua le mouton, nous reprenons la route pour Khorog. Nous atteignons le soir-meme la capitale du GBAO, la ou commence le Pamir. La-bas les nouvelles ne sont pas bonnes. Le Kirghizstan est en guerre et l'on a ferme les frontieres. On y parle aussi de la venue du president, une venue qui condamnerait temporerement les routes de la region. Pas le temps de trop nous reposer, il va nous falloir repartir fissa pour le Wakhan.

-Jour 22 : Route vers les sources d'eau chaude de Garam Shashma, un lieu assez decevant : une crotte geologique autour de laquelle on s'evertue a tirer profit. Le soir nous sommes accueillis dans une famille d'une mere et de ses enfants. Longue longue soiree, durant laquelle la famille reste scotchee devant l'ecran-interface du DVD-player a pas dire mot, tous hypnotises par la musique electro-kitsch qui en emane.

-Jour 23 : Nos velos ont quelques peu ete visites pendant la nuit, nous ne les avions pas attaches. Rien de graves sinon quelques petites reparations. En chemin nous remplissons nos gourdes depuis une source : de l'eau naturellement gazeuse, et dont la richesse en fer fait jaunir les bouteilles... interessant... Arrivee le soir sur Ishkashim, la ville-porte de la vallee du Wakhan, et qui partage un bazar commun avec l'Afghanistan, sur un pont entre les deux pays.

- Jour 24 : La route traverse des morceaux de desert, dans cette vaste vallee, offrant des vues spectaculaires sur les cimes afghanes et pakistanaises, la chaine de l'Indukuch. On croirait voyager a travers les pages des bouquins qui nous ont tant faits rever, des images qui marquent, et tellement reelles.

- Jour 25 : C'est le jour de la visite du president dans les parages. Nous prenons tout de meme la route, on verra bien. C'est l'effusion la plus totale le long de la Wakhan. Tous sont sur leur 31, les champs fleurissent de drapeaux tadjiks, les ecoliers aussi brandissent les couleurs du pays. On repeint ainsi les abris de bords de villages, on rebouche a la louche et grossierement les crateres et autres trous pour que la "route" est l'air d'une route. Tous se rejouissent de la venue d'Emomali Rakhmonov, une personnalite pourtant contestee fut un temps, dixit certains tadjiks. Mais aujourd'hui l'heure est a la fete : on veut oublier la guerre civile (de 92 a 97) qui affaiblit tant le pays et ses gens. Du coup on se suffit a dire que tout va bien au Tadjikistan, en sorte une veritable "philosophie de Pangloss".
A l'un de ces rassemblements nous demandons l'autorisation au chef de la securite de prendre des photos, lequel nous offre son approbation. Et tous, nous nous en donnons a coeur joie, autant nous avec l'appareil que les femmes dans leur soies multicolores, les hommes dans leurs complets et les jeunes en uniformes posants a la demande. On nous prend pour des journalistes, on nous accorde meme une representation de danse et de musique traditionnelle, laquelle sera destinee a l'arrivee du president, quelle chance !
En chemin nous traversons d'autres de ces rassemblements, il y en a plein. L'un d'entre eux semble attirer beaucoup de monde et d'agents de securite. M. Rakhmonov ne doit pas etre loin. Nous passons avec nos velos, on ne peut pas dire innapercus, avec nos poils, nos taches et nos velos recouverts de poussieres, au milieu de ce beau monde habille. Ca passe toujours, on ne nous a pas arretes. On nous adresse meme de grandes salutations, a nous qui nous nous sentons plus loups dans la foule que moutons.
Plaine plane et grise, de laquelle s'elevent les monts afghans dans un elan qu'ils poursuivent jusqu'aux cimes. Plus loin une chutte d'eau en bord de route, douche naturelle, ailleurs des sources d'eau chaude et gazeuse.
Le paysage et les villages s'enfoncent de plus en plus dans le desert. La route est a la limite du praticable, nous avancons tres lentement, derapant souvent. A Langar, la derniere ville de la vallee, nous observons les deux cours d'eau, le Pamir et le Wakhan former a eux deux le Pyanj, qui deviendra plus tard l'Amou-Daria... la tragedie de la Mer d'Aral. Le decor est de taille a celebrer cette union, vieux monde recule des grandes montagnes.
Nous commencons des le soir-meme l'ascension du Kargush, une route de trois jours dans des altitudes isolees, au milieu des lacs sales, routes difficiles lors desquelles il faudra souvent pousser les velos.

- Jour 26 : Une belle journee d'ascension, a travers un grand plateau montagneux, ou seuls quelques rares troupeaux subsistent. Les paysages n'en finissent pas d'etre de plus en plus beaux. En chemin nous trouvons une inscription dans le sable, en grand et large au milieu de la piste : "Allez Sarah et Nico". Une belle surprise qui redonne du coeur a l'ouvrage, mais son auteur demeurera toujours un mystere.

- Jour 27 : Ascension du Kargush, lever du camp de bonne heure depuis un plateau a 4000 m. Ca pionce dur au check-point du poste frontiere, il est trop tot pour arreter qui que ce soit. Paysages de hauts deserts glaces, battus par les vents, sans vie et loins du monde. De l'autre cote c'est encore plus desole, nos velos s'enfoncent dans le sable, nous peinons a avancer. Quand soudain elle apparait enfin devant nous : la legendaire Route du Pamir ! Cela semble surrealiste. La vue est spectaculaire d'ou nous sommes, sur ce paysage fantastique aux nuances violacees, et qui donne l'impression d'avoir roule jusqu'a la lune. Excites comme essouffles, nous savourons un temps ce moment magique, avant de fouler pleines roues cette route du bout du monde.


28 juin 2010
Carnet du Pamir

- Jour 28 : Reveil dans cette yourte ou nous avons dormi, quelque part a Bulunkul, un village du far-est qui semble livre a lui-meme, ou des enfants s'amusent avec des chiens errants, dans la poussiere et les carcasses de voitures. Nos vetements puent le poisson, celui que nous avions peche la veille avec nos hotes d'un soir : une famille de kirghizes venus faire du business dans les environs, c'est a dire avec pas grand monde.
Nous entreprenons cette route qui coupe a travers lacs et deserts, un non-raccourci qui vaut le detour, les prairies salees au milieu desquelles broutent les yaks, singuliers bestiaux, formidables souverains des toits du monde, timides et ombrageux a la fois. Le vent et le soleil dans le dos nous glissons en silence dans cette solitude. Un silence lunaire que seuls troublent le murmure spectral du vent dans les rochers, et les gargoullis bouillonneux d'un geyser crachotant.
Arrivee sur Alichur, une ville de passage et qui semblerait eteinte s'il n'y avait pas ces bataillons de gosses pour courrir apres les velos ou ces gaillards entasses sur un seul side-car, le long de ces maisons rangees dans la pure tradition sovietique. Nous profitons de la chaikhana pour un the au beurre dans lequel nous trempons du pain.
Le soir nous campons quelque part au hazard de l'immense plateau Pamiri.

- Jour 29 : Le boucan des marmottes a largement devance notre reveil. Comme elles nous sortons nos tetes plissees hors de la tente, observant l'aube se repandre sur les montagnes, et se troupeau de yaks en partance pour le jailoo, une longue transhumance a travers les hauts plateaux d'Asie Centrale.
Nous faisons route vers Murghab, a travers des montagnes capricieuses et redoutables, et qui ont du en faire voir de belles a ceux qui ont voulus s'installer dans ces contrees. Au passage d'un col nous voila surpris par une tempete de neige. De gros nuages noirs nous suivaient depuis un moment. Mais tant que le vent nous reste favorable rien n'est vraiment desagreable.
Ca y est. Nous le sentons. Il y a comme quelque chose dans l'air de chinois. Cela ne vient pas que des camions rouges en provenance du dit pays. Mais les cimes ont elles aussi quelque chose de la Chine, nous sentons que la frontiere n'est pas tres loin.
Devant nous se dessine la grande plaine de Murghab, verte et poussiereuse, avec ses lacets d'eau de long et en travers. Au poste controle d'entree, les officiers trop occupes a depecer la barbaque dans leur piaule, veritable gourbi, nous font signe de passer.
Entree dans Murghab. Nous progressons doucement avec nos velos, les yeux ecarquilles sur ce qui nous entoure, comme si nous explorions prudement une caverne sans fond. La ville est etonnamment grande pour ces altitudes, digne de chef-lieux pamiri. N'ayant aucune veritable adresse en tete, nous nous aventurons au hazard des rues dans l'espoir d'une auberge. Et c'est apres maintes prospections que nous finissons par la trouver.

- Jour 30 : Une journee consacree a nous ravitailler. Une occasion excellente aussi de decouvrir la ville et son bazar bizzare: un marche ammenage dans des contenairs repeints et rouilles, au milieu desquels se melangent tadjiks et kirghizes, les jeunes desabuses aux anciens emousses, les coiffes traditionnelles et autres telpeks aux casquettes branchees. Nos provisions s'averent succinctes et ne promettent pas de grands festins. C'est qu'on ne trouve quasiment rien dans les magasins-casiers, sinon des barres chocolatees et des nouilles chinoises. De plus les recents troubles kirghizes ont bloques les routes avoisinantes, empechant un temps villes et villages de se reapprovisionner. Tant pis, nous ne sommes pas venus pour manger.
Outre le plein il nous faut aussi nous faire enregistrer. A l'OVIR, anciens bureaux du KGB, situes au pied d'une statue de Lenine, presence imposante dans cette ville pourtant a des lieux de l'ancien coeur sovietique. Le seul endroit sur terre ou le chef des bolcheviks donne l'impression d'etre encore vivant. La-bas on nous informe que la frontiere kirghize a reouverte ses portes recemment, cela veut dire que les conflits se sont calmes. Tant mieux, cela avait l'air terrifiant, les gens en parlaient beaucoup par ici. Nous allons donc pouvoir continuer notre route.


On ressent fortement la venue des russes dans ce coin de bout du monde, que ce soit dans l'architecture sommaire, l'urbanisation cadrillee, la bureaucratie chaotique ou la facon etonnante par laquelle on y a conduit l'electricite : des kilometres de poteaux en bois simplistes dresses a travers tout le Pamir. Les tadjiks et les kirghizes se sont par la suite evertues a conserver le schema jadis apporte, avec l'aide precieuse des humanitaires venus les appuyer, instaurant l'ecotourisme en vue d'un "developpement". Mais aujourd'hui la ville semble toujours livree a son sort, son economie fragile du fait de sa situation geographique isolee ne l'aide pas a pousser, et c'est sans doute sous cet aspect qu'elle perdurera. Nous remontons ses chemins de poussiere, marchant parfois au milieu de restes de moutons et de ferrailles desagregees, quelque part en bord de route un parcours de sante fait de barres de fer rouillees, ultime recourt a une morne routine, et le seul moyen de garder la sante. Le soir nous nous postons dans les hauteurs pour observer le jour decliner sur la ville et ses montagnes, ses cheminees fumantes, alimentees pas des racines et les bouses de yaks sechees. Un silence quasi celeste, triste et magnifique.

- Jour 31 : Au petit matin la ville est recouverte de neige, ce qui la rend encore plus belle, une neige qui ne tarde pas a fondre avec les premiers rayons du soleil. Journee consacree a flaner et a devorer nos lectures.

- Jour 32 : Repartir et aller voir a quoi ressemblent les choses au-dela de Murghab est assez excitant. Les paysages y sont toujours tres lunaire. La nature, les nuages, les elements, tout cela degage une puissante impression d'energie. Nous longeons la frontiere chinoise une grande partie de la journee. Une vaste cloture de barbeles, vaste en longueur, etendue sur des kilometres et des kilometres, et tellement reguliere que ca en devient monotone.

- Jour 33 : Passons a la fraiche l' Ak-Baital, un col a 4655 m. L'ascension n'est pas longue comme nous etions deja haut, mais l'effort y est vite eprouvant, du fait de l'altitude, un rien nous essouffle. La descente nous entraine a travers les grandes plaines qui precedent Karakul, avec ce caravanserail en ruine en hauteur d'une grande etendue de desert. Longues pauses contemplatives, on se redessine l'histoire, on s'imagine les caravanes. Outre ce vestige le decor lui est reste intact, on aimerai tant interroger les montagnes.

- Jour 34 : Le paysage s'elargi jusqu'a devenir profondement dense. Nous arrivons aux abords du lac Karakul, une etendue d'eau immense bordee par les hauts sommets enneiges. Plus loin le village, du meme nom que son lac, avec pour toute entree un poste de controle farfelu et desafecte. Karakul a des airs de ville de pecheur, sauf qu'on y sent plus le mouton que le poisson, le mouton mort entre autre. Malgre ce detail l'endroit recele d'un certain charme, une sorte de quietude propre a l'altitude, une douceur que le village doit pleinement a son lac. Les villageois, kirghizes jusqu'au dernier, nous accueillent chaleureusement et nous invitent aimablement a disposer dans leur chaikhana. L'antre, une piece sombre et poussiereuse semble avoir connue des jours meilleurs. On y a tapisser les murs de posters des grandes tablees occidentales, des posters flashis plein de frites, de vin rouge et de dindes roties, et qui contrastent tellement avec nos petites assiettes usees de patates et nos laits de chevre. Il y a bien de la viande, une bidoche saignante sur un coin d'etagere, devant quoi nous nous suffisons a notre pitance. La toliere, une vieille femme charmante nous fait vite oublier le repas tant ses attentions sont delicates. Les chaikhanas offrent aussi un gros avantage : celui de pouvoir se reposer sur place.

Notre sieste troublee par l'arrivee de quelques militaires, nous remontons en selle pour longer le grand lac. Nous commettons l'erreur imbecile de ne pas remplir nos reserves d'eau, si bien qu'en fin de journee nous nous retrouvons coinces, la soif commencant a nous ratrapper. Nous comptions sur quelque ruisseau en chemin pour nous reaprovisionner. Mais le fait est que ces derniers sont tous a sec. Incertains nous continuons a avancer. Mais lorsque l'angoisse fini par nous gagner, nous decidons de tenter quelque chose. Le lac se trouve maintenant a des lustres de la route, a deux heures de marche au dela d'un desert de sable. Nico se lance tete beche a travers, a pied, un sac a dos remplie de bouteilles vides et du filtre-ceramique. Une longue marche penible vers le lac pour pomper 4L d'eau... salee. Jamais dans le voyage nous n'avions atteind ce seuil record d'aneries, nous etions des champions aujourd'hui. C'est le sac bourre d'eau salee que Nico rebrousse chemin a travers ce meme desert, sans meme pouvoir retrouver ses pas. Nouvelle angoisse : celle de devier au large. Seulement les montagnes font des reperes, et Nico parvient ainsi a retrouver Sarah, assise pres des velos, un guide a la main, les yeux rives sur ce paragraphe explicant combien ce foutu lac est sale...

Le soir nous decidons tout de meme de bivouaquer, ronchons et butes. Nous entamons la cuisine avec l'eau recoltee, des "nouilles a la karakul", mais la flotte est infecte et nous decidons d'abandonner. Rien a faire, la soif grandissante, il nous faut replier. Le coeur amer nous rebroussons la route de l'apres midi. Nous rions de notre connerie. Nous assistons aussi a un coucher de soleil spectaculaire sur le lac et ses monts, couleurs sublimes qui nous font vite oublier les tracas de la journee. Le soir nous dormons chez l'habitant, ou nous vidons les theieres jusqu'a plus soif.

- Jour 35 : Une nouvelle surprise nous tend les bras le lendemain matin, au petit dejeuner : de la brioche, et oui, une belle brioche ronde et d'oree comme on les aime... avec le gout infecte du mouton! Decontenances nous nous rabattons sur nos tasses de the. Jamais nous ne serons tadjiks.

Nous repartons charges en eau, avec plus qu'il n'en faut. Nous repassons devant les lieux maudits de la veille, sans trop s'arreter. Une longue journee s'ouvre devant nous : aujourd'hui nous quittons le Tadjikistan. Nous nous retournons pour un dernier regard sur le lac et ses environs, et toujours, la vue est belle : cette vaste etendue d'eau, ces troupeaux de yaks, ces petites montagnes ilots de plus de 4000 m (le lac est deja bien haut).

 
Russie








Traversée prévue en septembre 2010
 
Mongolie








Traversée prévue en septembre 2010
 
Chine








Traversée prévue en juin/juillet/août 2010
 
Kazakhstan








Traversée prévue en juin 2010
 
Ouzbékistan







02 mai 2010

Boukhara

Contrairement aux dires communs le passage de la frontiére turkméne s’est passé sans encombres. Les autorités ouzbeks quand a elles se montrèrent davantage tatillonnes. notament vis-à-vis de notre pharmacie qu’elles retournèrent sans merci.

 

Route déserte entre campagne aride et rivière. De temps en temps nous croisons des familles s’adonnant à quelque joyeuse baignade, sinon des ouvriers lançant leurs saluts depuis des pontons rouillés, et que la chaleur pousse à languir. Traversée d’un premier village, où la route, en piètre état, disparaît en poussière. Les ouzbeks sont là pour nous orienter, et parler football. Sujet sur lequel ils s’avèrent beaucoup plus renseignés que nous.

 

Arrivée à Qarakol, la seule ville avant Boukhara, sans pensions et sans hotels. A une station service nous nous informons quand aux possibilités de dormir ou de nous faire héberger. En réponse de quoi on nous propose le par-terre d’une salle de restaurant, entre tables et chaises, payant et bien trop cher. Quand la fatigue commence à nous gagner, il devient facile de succomber à toute proposition. Sur une place, à l’ombre des parasols, une concentration de mangeurs de glaces nous invite à nous asseoir, friands d’étrangers et de leurs petits tracas. Commence la longue série des négociations autour de ce fourgon bus qui part dans l’heure pour Boukhara, et sur le toit duquel nous attacherons nos vélos..

 

Découverte de la ville et de ses merveilles timourides, son Arc, son minaret Kalon et ses madrasas, dont l’une abrite toujours l’institution coranique. Mais aussi ses bazars à touristes, ses boutiques de souvenirs, pleines de vaisselles, de telpeks, de soie et de tapis... Certes de beaux objets, mais qui n’ont pas finis d’investir les vieux murs. Le genre d’entreprises qui profitent des hauts lieux historiques, où les cars sont légions, et les rues trop propres.

Mais la ville possède ses trésors cachés, qui méritent vraiment de s’y attarder. Comme dans ces ruelles, aux dernières heures de la journée, lorsque les premiers ballons de foot rebondissent et que le thé est tout juste bon à servir. Nous nous plaisons à l’observer aux différentes heures de la journée, comme à la tombée du jour, lorsque les coupoles bleues scintillent et les briques des maisons jaunissent. Et seulement une fois le soleil couché, nous nous hâtons vers les chaïkhanas pour nous baffrer de laghmans (nouilles neo-chinoises).



06 mai 2010

Route vers Samarcande

Nos derniers saluts sur Boukhara tombés et notre réserve d’eau et de pain à son comble, nous revoilà partis en selle pour la mythique Samarcande. Chemin faisant nous en profitons pour souffler les 26 bougies de Nico à l’ombre d’un arbre. Le soir nous faisons halte à Navoï, une ville absente de nos guides, dans l’espoir d’y trouver quelconque refuge ou hotel. Apres une heure a remonter ses longues avenues soviétiques en vain, nous finissons par atterrir au pied d’un hotel où l’on ne parle que russe, le seul du coin. Renseignés par quelque personne quant au faible coût des chambres, nous nous pressons vers l’intérieur pour réserver. C’est une fois au guichet que sonne une toute autre cloche. La réceptionniste, une grosse femme nonchalante, monte la note de la chambre jusqu’au seuil exorbitant qu’elle réserve aux rares étrangers. Ceux qui auraient le malheur de s’égarer la nuit à Navoi. Comme nous. Et sous prétexte de ne pas piger mot d’anglais, se ferme à toute négociation.

Un jeune couple d’ouzbeks rencontrés plus tôt près d’un parc, et qui s’étaient pris de sympathies pour nous, tandis que nous étions à la rue, s’offrent alors en gîte et en couverts. Et peu de temps après nous nous retrouvons attablés par terre autour d’une de ces grandes tables carrées, familières à la tradition, garnie de shorpa (mouton bouilli, navets, carrottes et pommes de terre), de non (pain traditionnel) et de l’éternelle vodka. Brevage insipide qui vous brûle l’oesophage jusque dans l’estomac. Et qu’il est impoli de refuser dans notre cas. Malgré nos réticences, on fini par nous forcer la main. Et c’est alors que commence le ballet des godets, on  trinque gaiement, puis les verres se vident, quelque part entre nos nez et nos mentons. On a mal un instant, puis on se reprend doucement avant d’en remettre une. Le calvaire perdure assez jusqu’à ce que notre fatigue oblige nos hôtes à disposer.

 

Longue route plate et monotone, entre fermes, usines et interminables champs de coton.

 

Ca y est. La tente est fin plantée et le dernier fond de pâtes avalé. Les conditions réunies pour une bonne nuit. Vient ce berger qui, en s’approchant de notre maison, nous invite dans la sienne pour un thé. On se regarde, on se tâte, puis sous l’insistance on fini par accepter. Refus délibéré de vodka. Tans pis pour la notoriété.


08 mai 2010

Samarcande

Une dernière colline nous sépare de la ville, et déjà des toits de tôle poussent en amont. Cédant bien vite leurs places à celle d’un nouveau monde, propre et moderne. Prospection du fameux Registan, dont on parle tant jusque dans nos contrées, coeur même de la ville et excellent repère. Pose `trophée` devant avec les vélos, avant de comprendre notre méprise quant au bâtiment, qui bêtement n’est pas le bon. Après plusieurs essais nous parvenons à trouver notre compte. Cette fois-ci la confusion est impossible, il ne peut s’agir que du bon. Portails sublimes, si bien conservés et d’une rare beauté, et leurs colonnes qui n’en finissent pas de pencher. Une image de voyage que rapporteront les nombreux Nikons et Canons, flashant sans répis les environs.

Si les madrasas et les mausolées de Samarcande n’en finissent pas d’enchanter, la ville souffre en vérité d’une ingrate politique d’urbanisation. Celle qui, au nom du tourisme et de la modernisation, balaye avec rage les vieux quartiers, qui faisaient pourtant le charme authentique de la cité.

 

Veillées animées dans l’auberge où nous séjournons, à écouter les récits passionnants de nos amis, voyageant depuis les quatres horizons.

 

Une nuit, tandis qu’une tempête frappait Samarcande. Nous nous sommes retrouvés avec quelques amis volontaires pour une belle expédition. Arnachés d’impers et de surpantalons, nous sommes partis à quatre sous l’épaisse pluie contempler la foudre s’abattre sur les murs du Registan. Pris de court par la soudaine saucée, les guardiens étaient partis s’abriter, laissant derrière eux les portes des madrasas grandes ouvertes. Ainsi nous avons saisi l’opportunité, et admiré en silence la nuit gronder depuis les jardins interdits. Spectacle insolite bientôt bouleversé par le retour de guardes, et l’expulsion immediate.


12 mai 2010

Le soleil, les anes et le coton

Apres mure reflexion, nous choisissons de ne pas nous attarder entre Samarcande et la capitale, les grandes routes n'ont rien de bon. Commencent alors les premiers kilometres d'une serie de longues journees de velo. Il y a tout de meme ce crochet par lequel nous sommes passes, en bordure des Monts Fans, pas des plus courts mais saisissant. Puis cette route monotone. Infinissable droite coupant a travers anes et champs de cotons, brulee par le soleil, avec pour seuls repis les tables-a-boissons installees aux ombres, ou siestent quelques poignees d'ouzbeks.
Les gens d'ici sont pour la grande majorite genereux et tres accueillants, ce qui casse pour beaucoup la solitude des routes. Ainsi chaque soir, et peu importe l'endroit, nous ne rencontrons de difficultes a nous faire heberger. Et pour peu que l'on tienne a notre tranquilite, meme bien cache, on a vite fait de nous faire inviter.

Un soir, alors que nous n'en finissons pas avec les abords etales d'une ville, de jeunes gens nous offrent pour toit une chambre dans un hotel particulier. L'etablissement, un bloc glauquissime et fissure de partout n'est seulement peuple que de quelques camioneurs et de leurs compagnes d'une nuit. Les passages de trains font trembler sans relache les vieux murs crepiteux de la chambre, qui fondent en en poussiere. Puis au vacarme fini se succede dans la nuit le long chant plaintif de mille anes des pres.


15 mai 2010

Tashkent

De grands boulevards rectilignes, propres et boises de toute part, aux long desquels germe toute la flore post-sovietique : des buildings aussi russes qu'ouzbeks. A priori la ville ideale pour un sejour de demarches administratives, avec ses quartiers faits de banques et d'embassades. Souvent le passage oblige des voyageurs d'Asie Centrale, le centre nevralgique de ces baroudeurs de la soie.
Tashkent nous a retenu assez de temps, bien que nous ne nous plaignons pas. Nos demarches de visas furent pour toutes fructueuses, non sans peripeties, mais devancant parfois nos attentes.

Sejour peu desagreable. L'auberge ou nous sejournions, une taniere de voyageurs, y fut pour beaucoup. Nous nous y etions retrouves avec quelques copains afin d'y former une veritable famille. Atmosphere conviviale aux repas communautaires, lors des parties de shesh-besh, a l'opera, devant un ballet russe ou autour d'un the. Ainsi on ne s'ennuyait pas entre deux visas. Tous n'allions pas dans le meme sens, nous nous confrontions a des embassades differentes. Si bien que nous suivions les histoires de chacun avec attention, un peu comme dans une serie pleine de rebondissements, dont on s'empresse tant de connaitre la suite.

Le bazar de Chorsu, ses grands preaux a fruits et legumes surplombant les chaikhanas enfumees de shashliks, l'un des lieux ou nous allions depenser du temps, surtout nos premiers midis, lorsque nous etions feneants. Mais a force de repetitions, le gout du mouton finit par nous passer. Trop de plov tue le plov. Hantes par toute cette viande belant dans nos intestins, nous avions le besoin urgent de changements. Puis les derniers visas tomberent enfin. Nos amis suisses, Gill et Janos, nous inviterent nous et nos velos dans leur camion afin de lever le camp. Puis celebrer ce jour loin de la ville, quelque part sur la route, avant de chacun regagner nos frontieres.

Un grand merci a Gill et Janos, Ed et Helene, Bruno, Thierry et Jerome L. pour ces bons souvenirs que nous garderons.

 

 
Turkménistan








28 avril 2010
Achgabat

 

Le monde parait bien different de l'autre cote des lourdes grilles qui nous separent de l'Iran. Ici on donne dans l'extravagance militaire, un bal costume a la soviet touch. Et l'essemble, bien qu'etant singulier, est plutot marrant. Les montagnes, les gens et leurs visages changent etonnement.

Apres son acerbe briefing sur les restrictions photographiques, le general, abrupt personnage severe et gras, le kepi russe, un cigare en commissure et des pins plein la veste, nous accorde la voie. S'ensuit le long couloir vert de montagnes, ou seul regne le silence, un silence de mines et de mirradors. Un dernier enregistrement des papiers et nous entrons Ashgabat, la capitale du Turkmenistan.
La ville, dont le nom signifie "ville de l'amour" est une veritable allegorie du culte de personnalite, avec ses absurdes et remarquables statues futuristes en or de l'ex "president" Niazov, et dont la plus grande, en forme de jouet, tourne avec le soleil. Edifices imposants, vastes avenues trop peu frequentees, avec pour decor des rangees d'hotels luxueux de marbre blanc et totalement vides, son couvre-feux de 23h et ses nombreuses milices qui jalonnent les rues et les parcs a toute heures de la journee. Ses businessmen et ses filles de joie. En fait beaucoup de choses sont absurdes et depassent l'entendement ici, comme un parc d'attraction qui a coute plus de 50 millions de dollars et ou plus de la moitie des attractions sont fermees, la plus grande fontaine du monde et son escalator (le seul de la ville), des operas et des theatres clinquants ou l'on ne peut pas y voir grand-chose du fait d'un decret presidentiel interdisant pieces et ballets.
Bien que ce ne soit pas la ville de nos reves, c'est plutot drole et intrigant de se ballader au hazard des rues, et de recenser les curiosites monumentales, de voir ses femmes recouvertes de couleurs et de soie des pieds a la tete, ballayer les grandes arteres de la capitale... On a pas eu assez de trois jours pour en faire le tour...


02 mai 2010
Turkmenabat Express


Un visa de moins d'une semaine ne permet pas une exploration approfondie. Aussi visiter Achgabat n'a fait qu'ecourter davantage le peu de temps restant pour traverser tout le pays.
La traversee s'est faite a bord d'un train, a douze personnes dans une cabine ne pouvant normalement n'en contenir que 4, tous entasses pendant 15 heures, a transpirer, a ronfler, sans preciser les odeurs de pieds...
Lorsque nous ne regardions pas le desert depuis les etroites et troubles fenetres du wagon, nous meublions le temps a jouer aux echecs. Ce qui n'etait pas sans retenir l'attention de nos voisins, qui suivaient le jeu depuis leur perchoir, la tete penchee au dessus de nous, et dont les visages grimacaient a chacun de nos faux mouvements.

La sirene du train vient de retentir dans la gare de Turkmenbat, et deja on se precipite pour descendre les baggages. C'est un vrai soulagement que de respirer l'air frais du petit matin apres tout ce temps enfermes dans le train, comme si nous sortions d'une longue apnee. Des cernes sous les yeux, les cheveux poisseux et les ventres vides nous reprenons la route pour la frontiere sous un soleil deja bien chauffant. La campagne turkmene est assez jolie par ici, coloree d'ete et de coquelicots. Mais bien vite le desert reprend ses droits. Nous longeons ainsi un canal jusqu'a la frontiere, ou de fortes femmes nous interpellent afin de changer nos derniers manats.

 
Iran








Avril 2010
Entree en Iran

C'est l'entrée dans un autre monde. Les montagnes, les villages, les gens et le temps lui même ont changes. En l'espace de quelques mètres il fait été.
Aujourd'hui est un jour spécial "Norouz" en Iran, celui du premier jour du recommencement. Les gens ont arrêté de travailler, fuis les villes pour envahir les campagnes. C'est le pays tout entier qui se met au vert ! On peut voir une jolie petite motte d'herbe sur toutes les voitures afin de mieux célébrer ce jour. Les familles entières recouvrent champs et prés. Venus avec leur tente (les iraniens adorent les tentes), tous s'adonnent au pique-nique, aux jeux de ballons, au badminton ou a la danse folklorique.
Notre arrivée au pays produit son effet, on nous salue, on nous souhaite la bienvenue, on nous apporte des gâteaux, des friandises, des sodas, du thé mais aussi des brochettes de poulet et de mouton.

C'est une route au parfum de thé, le long de laquelle les samovars fument allègrement. Les gens nous invitent a nous arrêter pour un verre de thé ou dix. Les routiers eux-même en transportent plein leur camion. Montagnes et déserts ont des textures étrangères, emprunts d'une atmosphère azéri, et qui semblent exercer une certaine influence sur notre tempérament.Le temps d'une petite pause nous observons défiler ces véhicules aux chargements audacieux, un spectacle aussi burlesque qu'inquiétant. Puis le trafic s'épaissit encore davantage tandis que nous approchons de Tabiz, une ville qu'il nous tarde de découvrir.


Avril 2010
Tabriz

L'ancienne cité Ilkhanide et jadis capitale de l'Azerbaïdjan est en pleine effusion a l'heure ou nous l'entrons : les étudiants affluents et se mélangent aux tchadors ou aux vendeurs de pastèques, plus loin les mécanos squattent les trottoirs tandis qu'ailleurs leurs femmes, dont le maquillage déborde abondamment du voile, se pressent devant les vendeurs de tuniques et de foulards. Tout le monde parle avec tout le monde, et pour notre surprise, parle librement. Certains couples se tiennent la main dans la rue, effaçant dans leur sillage nos vieux préjugés. Mais la ville manque d'étrangers, si bien qu'on se précipite pour notre bienvenue, ou pour nous poser l'habituelle question : "Do you like Iran ?", une question qui en dit long sur la réputation dont souffrent encore ces gens.
Il nous a fallu peu de temps pour tomber sous le charme de cette ville, bien qu'elle ne soit pas la plus touristique des destinations iraniennes. Mais Tabriz a une ame a partager : a travers son bazar (le plus grand bazar couvert d'Iran), qui sent la poussiere et les epices, dans lequel on s'enfonce pour se perdre entre les pasteques, les tapis ou les chapeaux faits de mouton, evitant de peu motos ou charettes qui deboulent de nulle part. Nous tuons le temps autour d'un the, nous vaquons dans l'un de ses nombreux caravanserails... De temps en temps les anciens sortent de l'ombre pour nous conduir vers les entrailles et nous conter l'histoire des lieux ecrite depuis les murs, nous ouvrant au passage les portes des mosquees. Nous faisons ainsi connaissance avec le gardien des chaussures, fidele au metier depuis voila 80 annees. Ces detenteurs de clefs, pilliers du bazar et derniers temoins de son passe partiront un jour avec toute la magie qu'ils y ont apporte.
Le reste de notre temps nous l'occupons autour et dans la mosquee bleue,  la collection de sceaux du musee d'Azerbaidjan, les ragoutants dizis, a nous faire recurer dans ce hammam qui necessiterait pour lui-meme autant de soins, a compter les clients des cafes a shishas fumant en rang, face a face, et cette laiterie ou nous allons tous les matins manger le pain qu'on trempe dans la creme et dans le miel...


Avril 2010
Route vers Teheran

Traversee des gorges doucement arrides et blanchies par les fleurs des cerisiers. C'est vrai ! c'est le printemps... c'est beau le printemps en Iran. Bucolique et transportant. On se laisse aller la tete en arriere comme pour mieux humer le parfum de l'air, sur le goudron chaud descendant le court d'eau. Tantot quelques rares essaims de camions viennent perturber la sieste ambulante, nous crachant au visage le noir qui bouchait leurs tuyaux.La route n'en fini pas de descendre, on s'y fait bien. Et occasionnellement, soit pour casser un peu l'agreable routine, soit pour la faire durer, nous faisons halte au frais d'un arbre ou d'un torrent.
Une fois, lors de l'une de ces escales, un type qui garait sa Peykan pres de nous
le temps d'un the, sorti une carabine de son coffre qu'il arma d'une de ces grosses balles d'or et de mort, avant de la tendre a Nico. Un peu panique par la penible offrande, et les deux doigts dans les oreilles, il bouda la proposition avec tant d'insistance que l'homme la tira lui-meme, quelque par au hasard de la montagne. Puis il rechargea une seconde fois sa petoire dans un gromelement de farsi qui voulait probablement dire : "a ton tour maintenant mon p'tit gars'...", et que Nico du refuser promptement. La comedie finie et le coup de feu parti, le quidam rencoffra l'objet de malheur pour nous offrir quelques sucreries et un petit bout de coran.

Du chaud, du plat, a flanc de montagne. Rien ne dure et les descentes non plus... impression de fondre sur place. Fumants sur l'asphalte brulant sous ce cagnard de 12h, et a l'affut d'une petite branche d'arbre pour toute ombre, nous repensons un peu aux sommets des bornes precedentes.

Bientot le soir, nous choisissons pour l'abrivent le large vert a l'oree du village de Soltanieh, d'ou domine le majestueux
dome du mausolee Khodabandeh, dont le bleu profond a fait la reputation, le genre de bivouac dont on se souvient.
Le lendemain matin apres la visite du dit monument nous retournons a nos velos en compagnie de quelques bus requisitionnes a l'occasion d'un rallye. Nous avons meme le droit a un comite d'accueil surprise de leur part avec interview televise et seances photos a l'appui. Mais en depit de toute la bonne intention apportee par les deux partis, leur faible pratique de l'anglais et notre pauvre farsi auront raison de la logique de conversation. La barriere linguistique n'alterera en rien la joyeuse fete et c'est les montures pleines de presents que nous repartirons.

Nos nuits sous la tente sont souvent marquees par le bruit du vent, des lointains camions ou des aboiements si un sommeil profond ne nous emporte pas avant. Cette nuit la tandis qu'il nous gagnait presque, des hurlements nous dispenserent de tout repos. Des loups !!! Tous pres de la tente ! Ca alors... Enfouis sous nos duvets de canard, excites comme des puces mais pas non plus terrifies (bien que par une envie pressante nous n'aurions pas mis pied dehors), nous ecoutions muets la chorale nocturne dechirer le silence, avant de nous hasarder la voie chevrotante a reveiller l'autre, qui bien sur ne dormait pas non plus...


Avril 2010
Teheran

Apres un passage d'une soiree a Quazvin, entrappercevant la mosquee, le bazar, le parc et son musee, nous choisissons de prendre le train afin d'eviter les turbulences d'un gros traffic en amont de la capitale. Plus tard dans le wagon un homme s'assie a nos cotes et, pousse par ce qui semble n'etre que de la saine curiosite entame la conversation. Seulement quelques gares plus loin les questions de notre invite se poursuivent sur des sujets aussi indiscrets que sensibles, tournant au gout amer d'un interrogatoire. Dissimulant notre gene derriere des sourrires forces, nous nous formalisons aux reponses de touristes idiots. C'est une fois en gare de Teheran que notre homme tourne bride. Ayant compris que nous ne sommes plus des poissons pour lui, il disparait alors apres nous avoir rendu ce petit service : une correspondance pour Esfahan.
Traverser Teheran n'est pas de tout repos, d'abord parcequ'il y a foule d'autos et de motos, et qu'y circuler a velo demande un certain effort de presence et de concentration. Il y a bien des panneaux et toutes sortes de signalisations pour la bonne intention. Mais les iranniens, bien trop presses et nombreux sur la route pour aviser selon preferent ignorer ce paysage, preferant une conduite locale teintee de negociations. Et bien que cela bouscule notre pragmatisme d'occident, personne ne nous renverse pour autant.

Arrivee a l'hotel : un repers bruyant mais bien vivant de sac-a-dos et de coreens. Nos courriels francais nous informent d'une triste nouvelle, le depart du grand-pere de Nico, il va donc nous falloir rentrer en France, du moins provisoirement. Nous qui imaginions le voyage comme un long fil continu,  nous etions que peu prepares a une telle eventualite. Ce n'est que l'affaire d'une semaine, avant de reprendre la route.


Avril 2010
Retour et depart d'Iran

Retrouvailles avec nos fideles montures, qui rouillaient sagement dans un coin de l'hotel. Retrouvailles aussi avec le monde fou qu'est l'Iran, et tellement different de celui d'ou on vient... Ce retour soudain a quelque chose de brutal, l'avion tuant les transitions. Mais la suite aura vite fait de nous replonger dans le bain. Commence alors pour nous une veritable course contre le temps. Notre visa Turkmene, de court sejour, commence sous peu. Nous nous pressons vers les derniers trains pour Mashaad, deja tous complets. Plus qu'une solution possible : prendre le bus. Cette alternative se jouerai tres bien en temps normal, mais quand on a deux velos pour baggages et qu'on ne pige pas mot de farsi, cela releve du defis. Les iraniens sont avenants et ont cette tendance a s'offrir en aide, peu importe le probleme, peu importent les solutions. A force de coups de mains et de negociations, nous embarquons pour des heures de voyage dans ces vehicules aussi uses que les routes, a ressentir jusqu'au moindre gravillon, et meme par chance cette petite averse. Les paysages que nous traversons, deserts arides et ocres montagnes chauvatres, nous font vite oublier les conditions.
Les derniers cols et deniveles passes, se projette au loin la frontiere turkmene, porte de beton culminant tout le vallon, ou deja quelques graffitis russes recouvrent les murs des rares habitations, gribouillis clandestins venus de l'autre versant.

 
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