|

Décembre 2009 Les côtes de Matrouh
Nous venons tout juste de quitter la Libye. Reste encore quelques démarches à faire à la frontière pour nous procurer les visas égyptiens, que nous obtenons sans difficultés. Les premières bornes au pays des pharaons sont sensationnelles, celà commence par une longue descente en bord de méditerranée. La mer est belle, d'un bleu profond, pur. Nous dominons la ville de Soloum, encore endormie en contrebas. Une fois dans la ville, des enfants de dix ans au volant des pick-up nous doublent et nous saluent. Échanges de klaxons.
Le tracé progresse entre mer et désert, mais partout : des habitations bédouines, des enfants qui gardent des moutons, plein d'enfants, l'Égypte est un pays surpeuplé. Sur la route de magnifiques camions nous dépassent, peinturlurés de jaune, de rouge et de bleu, ainsi que quelques voitures transportant deux fois leur volume sur le toit, et qui menacent de plier à chaque mouvement de volant. Pour bivouaquer, nous attendons le crépuscule pour nous planquer derrière quelques rares cailloux, nous devenons experts en camouflages.
Aux stations services, lors du ravitaillement, les égyptiens nous envahissent de questions. Ils sont curieux et veulent tout savoir : "d'où venez-vous?"; "êtes-vous libyens? musulmans? mariés?"; "à quoi sert ce truc?"; "combien ça coûte?"; "aimez-vous les égyptiens?"; "mais pourquoi faites vous ça?"... Certaines questions s'avèrent plus délicates que d'autres, comme notre avis concernant le match de foot entre l'Égypte et l'Algérie (nous avons appris plus tôt la défaite de l'Égypte, mauvaise perdante). Ces conférences à ciel ouvert se terminent toujours par des poignées de mains, un soda, un thé ou du pain offert, une séance photo et l'inévitable : "welcome in Egypt".
Les checkpoints policiers sont fréquents sur la première partie de route, en raison de la proximité avec la Libye. A l'un d'entre eux, deux hommes nous arrêtent pour nous inviter à prendre un thé. Tandis que nous nous reposons, dans ce baraquement où le ménage ne semble pas faire parti des priorités , l'un des types file se changer dans une pièce environnante et en ressort presque aussitôt en uniforme, sans prévenir, droit comme un "i". Oh mais quel beau policier que voilà ! (ne manque que les chaussures). L'officier ne cache pas sa satisfaction lorsque nous le complimentons sur son costume.
Aujourd'hui c'est dur : le vent souffle contre nous, le soleil nous aveugle et le paysage est on ne peut plus monotone ! Bref on n'avance pas et on s'arrête tout le temps. Un drôle de bonhomme ralenti pour nous prendre et nous avancer de 30 kilomètres jusqu'à la ville suivante (Marsa Mathru). Dans sa voiture qui ressemble à un musée d'amulettes coraniques, le jovial chauffeur salut chaque passant en écrasant frénétiquement son klaxon et en hurlant par la fenêtre...
Décembre 2009 Au loin les pyramides
La banlieue de Gizeh annonce la couleur : un trafique routier à faire pâlir les agents de circulation français ! Jusque là nous avons pu profiter de portions d'autoroutes en construction, seulement ouvertes aux bulldozers (et aux vélos), afin de ne pas se frotter à la folle cohue routière. Nous apercevons au loin le dôme des pyramides qui se distinguent doucement mais majestueusement dans l'atmosphère poussiéreuse. Instant magique.
Ca y est ! Nous voilà aux pieds de Kheops, Khefren et Mykerinos... Elles en jettent un max ! Malgré l'abondance de rabatteurs rôdant autour. Mais bientôt les cars de touristes affluent - l'heure de pointe - il est temps de déguerpir.
A l'horizon s'étend la ville du Caire, écrasée par un impressionnant nuage opaque de pollution. Pour couper court à une dangereuse entrée à vélo dans la ville, nous optons pour un taxi. Il nous faut peu de temps pour comprendre à quel point l'idée fut sage et bonne. Depuis l'intérieur du taxi nous observons le spectacle : quatre files de voitures (pour une direction) lancées à toute berzingue et toussantes de carburant noir au milieu desquelles survivent des ânes surchargés, des dromadaires emballés par la panique ou des scooters transportant des familles entières. Les bords de route sont jonchés de véhicules en panne, notre taxi en fera bientôt parti mais avant il faut dégager le véhicule mourant de la chaussée, en pleine côte par la force des bras, noyés dans ce tumulte vrombissant. Le conducteur tient à nous emmener à bon port, même si pour cela il doit purger certaines pièces du moteur à même la bouche, entre deux bouffées de cigarettes... C'est alors que la bagnole ressuscite ! L'homme reprend le volant en s'essuyant le front plein de cambouis. Le soir tombé nous arrivons chez nos amis.
Décembre 2009 Le Caire
C'est vrai, on le redit, question oxygene le Caire n'est pas une bouffee d'air, mais elle n'en demeure pas moins une ville fascinante et seduisante. En une journee de ballade au travers des rues et des quartiers on peut voir les fameux porteurs de pain, qui se lancent (parfois a contresens) dans la folle circulation, une planche d'une bonne cinquantaine de miches en equilibre sur la tete. Il y a aussi ce livreur de gaz a velo, qui martele ses bonbonnes pour avertir de son passage, bruit auquel s'entremele les cris de ceux qui recuperent les vieilles robes pour les recycler, et qui arpentent les rues avec leur brouette. Voitures et scooters usent continuellement des klaxons qui, lorsqu'ils ne font pas des bruits de flippers, se distinguent par leur melodie (comme le generique du Parrain entre-autre...). Les rues sont peuplees de passants et de commercants de toute sorte, comme : les marchands ambulants, les cireurs de chaussures, les vendeurs de mais grille et les vendeuses de mouchoirs, les restaurants de kochari (plat populaire auquel nous nous sommes pleinement adonnes). Mais surtout, ce qu'on a prefere, les buvettes de jus de fruits frais presses (il y en a beaucoup). Nous avons ainsi avale une bonne dizaine de litres chacun de jus de fraise et de mangue.
Nous en avons bien sur profite pour visiter les incontournables : le musee d'Egypte, le souk de Khan el Khalili, le Caire islamique, la citadelle, le quartier copt, les derbish tourneurs et le Fishawi Cafe (cafe aux mirroirs), lieu bien connu des cairottes qui s'y arretent boire un the en fumant la shisha.
Nos adorables hotes de sejour, Marie et Sylvain, furent pour beaucoup dans notre decouverte de la ville, notamment des quartiers ou parfois des cafes moins connus. Deux semaine chez eux furent une belle opportunite pour s'impregner de la ville, meme s'il en faudrait bien plus. Nous en avons aussi profite pour faire un saut (en avion) a Louxor, afin de decouvrir les bords du Nil et de -profaner- quelques tombes de pharaons bien connus...
Décembre 2009 / Janvier 2010 Route vers Suez
Un dernier taxi, pour eviter et survivre a quelques kilometres de terreur urbaine, puis nous voila hors du Caire. Nous faisons maintenant cap vers le canal de Suez, ou beaucoup de camions semblent aussi se precipiter. Il nous faut reprendre un rythme perdu lors des deux semaines precedentes. La route, le traffic et le decor ne nous aident pas a retrouver la niak, et nous decouragent meme au moment du bivouac. De sympathiques routiers nous invitent a poser la tente pres d'un peage routier habite par des policiers, pour plus de securite. Mauvais calcul. Les officers nous obligent a ranger tout le matos malgre notre insistance. Le soleil tombe et il nous faut pourtant trouver ou dormir, cette situation semble les deseperer. Un des plus grades nous convie dans un bureau autour d'un the, ou il nous exhibe fierement sa plaque (toute rafistollee) et son revolver, avant de s'etonner que Nico n'en porte pas. Finalement nous serons escortes a plusieurs reprises jusqu'a un hotel de l'autre cote du canal (trois voitures en tout et une belle crevaison).
Janvier 2010 Les montagnes du Sinai
Le paysage prend du relief, et ca nous plait. Apres les routes plates et infinissables egyptiennes le decor change d'aspect, il devient beau, voir magnifique. La premiere partie de route longe un bras de Mer Rouge, quand elle ne coupe pas a travers les premices de montagnes. Ici tout est rocheux, il n'y a pas un pet d'herbe a la ronde. Les soirees aussi sont magiques dans cet endroit : couchers de soleil sur les cretes tranchantes et bancs de dauphins.
Contrairement a ce que nous pensions la route ne grimpe pas tant que ca (du moins dans ce sens la). Elle progresse entre les pans escarpes qui changent frequement de couleur et d'aspect (souvent rougeatres et sombres a la fin) et au milieu desquels se sont formes quelques villages bedouins. Nous pedalons emus. Cette traversee est l'une des plus belles depuis le debut du voyage. Le lever du soleil depuis le Mont Moise, apres une petite rando nocturne, sous la lueur d'un rare cercle de lune, confirme cette pensee. Voir d'en haut les premieres lueurs du jour s'etaler comme du miel sur les cimes est un spectacle epoustoufflant, voir un peu trop pour certains qui s'abandonnent a quelques trances mystiques... Dans ce lieux protege regne une atmosphere toute particuliere, tenant du paisible et du bien etre. Les bedouins vivent de l'entre-aide avec les moines orthodoxes (sacrement barbus) du plus vieux monastere encore en activite.
Il est temps pour nous de regagner les bords de Mer Rouge, ou nous attend le bateau pour la Jordanie. Ainsi nous devalons le reste du Sinai jusqu'a Nuweiba, sous quelques ciels supers-etoiles avant de paresser a la mer sous une paillotte.
|