
Octobre 2009
Tunis
C'est après une traversée ralentie par une mer agitée que nous sommes arrivés en ce dimanche 25 à Tunis, le jour des élections présidentielles. Posters de l'élu et drapeaux tunisiens flottent dans les rues. A la terrasse d'un café, accompagnés d'une poignée d'amis voyageurs rencontrés plus tôt sur le bateau nous nous attardons autour d'un thé sucré et d'un sandwich tord-boyaux.
Un coup de fil et quelques minutes plus tard, Ezzeddine, notre hôte de séjour à Tunis passe nous prendre en voiture. L'homme en complet blanc, couvert d'un chapeau de feutre noir arrondi comme un dôme de mosquée sera notre guide dans la capitale et ses environs. Nous découvrons ainsi le souk, bazar de nervures commerçantes ruisselant dans la Médina, le belvédère, le cimetière musulman, sa mosquée et sa vue imprenable sur la ville où notre ami aime à se promener. Nous traversons Sidi Bousaïd, village tout de blanc et bleu ou nous rejoignons Monia et sa nièce, puis errons dans les ruines de Carthage.
Le soir nous dévorons les plats locaux. Exquis fumets cuisinés par Raffia, la femme d'Ezzeddine, qui régalent nos ventres affamés de nouvelles saveurs. La Tv diffuse des chaînes françaises, ce soir nous avons droit au Top 50 des vieux tubes français. Raffia et notre ami Okhwan (voyageur coréen) chantent Emile et Image, qu'ils connaissent mieux que nous. Un pénible chanteur pousse l'assemblée à mettre terme à cette séance télévisuelle.
Ces quelques jours parmi la famille tunisienne illustrent un accueil hors du commun. Malgré une courte prolongation due à une grippe (A?), nous reprenons le chemin du voyage, nos sacoches rembourrées de pique-niques, d'un pot de confiture et d'huile d'olive, préparés par nos hôtes.
Novembre 2009
Le chemin du sable
Les abords de Tunis sont une véritable décharge, pollués de sacs plastiques et de canettes de coca. Mais très vite nous voilà au cœur des terres sableuses. Petit à petit, les montagnes virent en calvitie jusqu'à devenir complètement chauves. Des haies de cactus jonchent les routes cachant de larges champs d'oliviers, à l'ombre desquels nous nous reposons.
Les campagnes sont peuplées de chiens errants qui courent derrière les vélos. Comme ils sont souvent maigres et malades, nous parvenons facilement à les semer, ou Sarah hurle "STOP" et les cabots se figent tout net.
Partout où nous passons, les gens nous sifflent, les gamins crient, les voitures klaxonnent et les ânes braient pour nous souhaiter la bienvenue. Certains automobilistes vont même jusqu'à lâcher le volant pour nous saluer des deux mains, rattrapant la route in extrémiste.
Près de la frontière algérienne, les douaniers nous arrêtent et nous invitent à boire un café froid.Le soir dans un champ, deux frères nous apportent devant la tente un plat de spaghettis à la harissa cuisiné par leur mère, ainsi qu'un sac contenant diverses victuailles.
Traversée de Sbeitla et de ses ruines romaines. Un café inonde la rue de Raï, des voitures dépassent en trombe des charrettes tirées par des ânes en fin de vie
Vers Kasserine, de larges plaines de terre ocre de plus en plus désertiques, cernées de montagnes... nous dormons à la belle étoile. Le garde champêtre, d'allure maquisarde, passe nous saluer et nous autorise à rester dans sa forêt d'un arbre et de quelques buissons. Nuit calme et étoilée dans ce décor lunaire.
Novembre 2009
Interlude escortée
Le soir suivant nous assistons à un surprenant coucher de soleil, entre nuages et montagnes. Une atmosphère de feu envahie le désert, nous croyons voir une éruption.
Un douloureux transit arrache brusquement Nico de la nuit. Il sort respirer dehors quand soudain un 4x4 surgit de nul part, braquant ses pleins phares sur la tente. Un homme descend. Nico se présente à son tour, en caleçon, embarrassé, un rouleau de papier toilette à la main. "Contrôle de papiers", il s'agit de la garde nationale. Les officiers nous laisse tranquille après avoir longuement épluché nos passeports.
La zone frontalière (comme toutes en somme) est très surveillée. Les policiers contrôlent au peigne fin le trafique avec l'Algérie. Ils insistent pour nous escorter tout le long du no man's land. D'abord un motard, qui fini par lâcher prise, lassé de notre lenteur, puis un 4x4. Ce dernier nous tombe dessus en plein moment d'hésitation : dans un creux, non loin d'un cimetière de dromadaires, (le seul lieu caché à 20 km à la ronde) nous réfléchissions où poser la tente. Ce sera pour nous une longue journée de 120 km, le vent de face, jusqu'à Tozeur où nos suiveurs ne nous lâcheront pas d'un pneu.
Novembre 2009
Les abords du Sahara
Tozeur, ville touristique connue pour son oasis, sa palmeraie, sa médina et ses environs : des déserts qui ont servis de décor aux films Star Wars, des montagnes où l'on peut admirer des cascades...
Sa proximité avec le Sahara ont poussé les berbères à développer les calèches, les 4x4 et les quads pour emmener les touristes au cœur des dunes. L'oasis fait mauvaise mine, plus question de s'y baigner. Un green de golf soiffard recouvre les environs, parmi quelques dioramas en carton-pâte délabrés. Honteux du tableau nous préférons nous perdre dans les ruelles des quartiers populaires, là où est la vraie vie, là où les vieillards aiment converser et où les mômes vous invitent à jouer au foot. C'est une deuxième ville qui s'ouvre à nous.
A l'hôtel une joyeuse troupe des Arts graphiques de Tunis sème le boxon dans les couloirs : c'est leur dernier jour dans la ville, il vont fêter ça. Plutôt que de ne pas dormir nous nous joignons à la fête.
Le moment tant attendu après deux jours de repos : la traversée du Chott El Jerid, un grand désert de sel (ancien lac asséché) étendu sur des centaines de kilomètres. C'est le matin, nous brûlons sous l'excitation et le soleil. L'immense étendue blanche se répand devant nous, nous ne sommes déjà plus que deux grains de poivre dans la salière. Un ruban d'eau couleur vin, rescapé de la sécheresse, ruisselle entre l'asphalte et le sel. On dit que par fortes chaleurs apparaissent au loin des mirages, nous c'est un vent d'ouest qui nous pousse dans le dos. La soufflerie s'achève en tempête de sable. Nous roulons sur un torrent de poussière, sensation fantastique qui tourne à l'angoisse tandis que les heures défilent. Nos chèches n'y font plus rien, la bouche et les narines sableuses nous prospectons un abri. Le soir le soleil emporte avec lui vent et poussière... le calme revient.
Escale à Douz, nous trottons sur les dunes naissantes. Alpagués par des chameliers, nous essayons le dromadaire, le temps d'une ballade nous jouons aux nomades du Sahara. Au milieu de nul part, un cavalier s'approche le temps d'essayer son français. L'homme nous explique la vie des serpents et des scorpions, vedettes du désert qui, pour notre plus grand bonheur, restent en terre en hiver.
La suite des abords nous conduit à travers les montagnes berbères, célèbrent pour leurs villages troglodytes. A Matmata, lieu bien connu des 4x4, des hommes nous interpèlent comme de vieux acolytes. Leur sincérité, trahie par l'appel du dinar gâte l'amitié depuis longtemps biaisée.
Vers la tombée de la nuit nous touchons enfin aux sommets culminants, une point-de-vue imprenable décèle la vallée de Gafsa, ses fermes, ses mosquées, et là-bas au loin, l'île de Jerba. Impossible de continuer devant tant de profondeur, il faut camper ici même. à quelques mètres se trouve une ferme où hommes et femmes sèchent l' olive avant d'en faire de l'huile. Nous préférons leur demander. Les présentations faites ils nous invitent à rester manger et dormir avec eux. Mais avant de diner nous les accompagnons garder les moutons. La montagne est bouleversante : le soleil tombant recouvre les pâturages de bronze, un simple caillou devient joli. Nous lançons des pierres dans le ravin pour écarter les prédateurs, puis joignons le reste de la famille, assis par terre autour d'un délectable -mais surépicé- couscous, avec pour seule lumière une lampe à huile. Les chiens commencent à aboyer. Ali, le doyen, nous invite à tendre l'oreille : au loin nous entendons hurler les loups. La soirée s'achève le ventre plein, ébouriffé du couscous, l'âme apaisée par ce bonheur simple.
Novembre 2009
Descente vers la mer
Succession de paysages aussi beaux que variés : d'abord ce village haut perché, puis cette plaine d'oliviers dans la vallée. Nous nous arrêtons manger sous un gros palmier. Les "Allah akbar" de l'appel à la prière de midi nous bercent quand soudain ils se bloquent en mode accéléré, le magnétophone s'emballe. C'est alors une prière à trois cent à l'heure qui est diffusée dans toute la ville. Le muezzin détraqué a la voix de Mickey précipite les fidèles à reprendre leur activité.
L'embarcation lève l'ancre pour l'île de Djerba. La mer est calme, le soleil couchant semble orchestrer à lui seul cet instant. Une éclatante lumière révèle terre et sable entre une mer ardoise et un ciel rose. Silence planant sur le bateau. Accoudés aux rambardes les passagers assistent, pénards, aux derniers soupirs du soleil. Une brusque secousse arrache les tournesols à leur méditation. Le navire heurte à plusieurs reprises le ponton de débarquement avant de s'immobiliser. Nous prenons la direction du centre de l'île, au travers des pistes sous un ciel noir où fourmillent étoiles et satellites.
Un ami, rencontré plus tôt à Tunis nous a généreusement prêté sa maison pour ce séjour à Djerba : une belle villa tunisienne rien que pour nous, royal! La soirée, bien entamée par le coucher de soleil, les satellites... tout ça... passerait jusqu'alors pour une parfaite soirée. Sauf qu'au moment de boire la tisane sur la terrasse, l'enthousiasme disparaît dans un claquement de porte. Ca alors...nous voilà enfermés dehors! Pieds nus. Penauds. Avec pour seuls artifices nos maillots, nos futals et notre thermos. Ici les portes ne s'ouvrent qu'à l'aide d'une clef, située de l'autre côté, avec tout le reste... C'est incroyable de constater à quel point on réfléchit mal dans ces moments là, tard le soir. Heureusement Sarah relève le niveau en trouvant le moyen d'ouvrir la porte de la cour. Nous prévenons les voisins qui nous reçoivent comme des princes, nous offrant tongs à nos pieds, puis un coin de banquette pour la nuitée. ainsi nous faisons connaissance avec les djerbiens.
Dès le matin l'incident est réparé. Bien déterminés à ne pas recommencer nous entamons de pied levé la visite des environs. A El May, c'est le jour du marché. Tout le village prend part à cette effusion collective. Dans la rue, par terre où sur les tréteaux, on vend de tout. Et plus l'Aïd-El-Kebir (fête du mouton) approche, plus l'ardeur et le rythme des échanges semblent s'accélérer. Près de nous passe un cortège de mobylettes transportant chèvre et mouton bêlant sur le porte bagage arrière. Un vendeur de dattes vous suit et propose de porter vos courses dans le but de vous avoir pour client au retour. A la terrasse du café les anciens du village occupent le temps à fumer et à jouer. Les enfants, eux, s'approchent timidement de nous pour échanger fièrement les quelques mots de français appris à l'école. Et nous, nous faisons comme eux.
Novembre 2009
L'escale insulaire
Nos voisins nous invitent presque tous les soirs à dîner et veiller avec eux. Dans ce petit monde, quand vous êtes étrangers, il ne peut rien vous arriver. Les djerbiens sont là et s'occupent de vous, vous cuisinent de bonnes choses, vous coucounent, et vous appellent cinq fois par jour pour s'assurer que vous allez bien. Grâce à eux nous comprenons mieux mœurs et coutumes du monde arabe.
Entre toutes ces occupations nous prévoyons la suite du voyage. Prostrés pour de longues heures d'affilés devant l'écran d'un cyber-café, nous essayons tant bien que mal de rassembler nos neurones dispersées par l'écrasante musique afin de comprendre les mails. L'un d'entre eux s'annonce mal, notre séjour dans le prochain pays semble compromis. Nous voilà dans une impasse. Que faire? Ce pays est cerné de frontières plus ou moins fermées. La perspective de faire marche arrière pour un avion ne nous enchante guère. Nous insistons. Attendant une réponse nous errons sur l'île, indécis et déçus.
Les maux de ventre d'une tourista s'en prennent à Sarah qui s'enferme dans les draps. Nous découvrons les programmes télé locaux. Ici, pas question de scènes aux mœurs dérangeants dans les films diffusés. La censure marche si bien que lorsqu'on regarde un film américain, on peut voir en une seconde un couple allant s'embrasser dans un champ puis valdinguer (on ne sait pourquoi) par la fenêtre d'un gratte-ciel. Une autre curiosité encore : l'appel à la prière interrompant toute programmation. On transite sans prévenir d'une course poursuite de gangsters à un diaporama de mosquées et de minarets digne d'un écran de veille. Puis le film reprend.
Le beau temps, qui lui aussi nous avait lâché revient doucement. Sarah se sent mieux, prête à remettre son cuissard et chauffer l'asphalte.
Une seconde bonne nouvelle : nous avons nos entrées pour la Libye!