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Fevrier 2010 Arrivée a Antakia
C'est une journée suffisament grise pour voyager en car, d'autant plus que la route frontaliere n'est pas des plus enchanteresques. Assis et secs, enfouis dans nos fauteuils, nous regardons défiler ces derniers instants de Syrie, arrosée une fois de plus par cette incessante de pluie. Maintenant est venu pour nous le temps de se reposer. Nous nous plaisons bien a cette nouvelle occupation, surtout apres les négociations houleuses avec ces chauffeurs de bus malembouchés, au sujet de nos vélos, pour lesquels il nous a fallu payer une taxe imaginaire, ressemblant fort a un bakchich... Mais voila la sieste vite interrompue ! A la frontiere, pour les tampons, on nous redemande de l'argent. Promptement, avec l'appui de quelques turcs, nous refusons. Seulement la police s'en mele et la situation tourne a la confusion. Cette fois-ci non plus nous n'avons pas le choix. En tant qu'étrangers il nous faut payer un visa de sortie, c'est la loi en Syrie.
Nous venons tout juste de changer de pays, et déja le contraste se précise. Les gens eux-memes semblent s'etre métamorphosés. Les femmes sont moins voilées, les hommes, dans la rue, ne sont plus en majorité. La limite du monde arabe ? Pas tout a fait. Mais c'est un autre monde en tout cas.
Sur nos vélos, a freins légers, nous nous laissons glisser sur le parterre mouillé coulant jusque dans le centre d'Antioche. Nos regards, bloqués en mode "découverte", buttent sur les quelques enseignes et panneaux de cette langue étrangere, mais aux caracteres latins familiers, ou sur les maisons mélangeant le style oriental a celui des pays de l'Est.
L'endroit ou nous dormons, un lieu insolite au fond d'un labyrinthe de demies-ruelles, est tenu par une militante de la paix. Cette derniere accueille fréquement les étrangers de passage, en vadrouille ou en pélerinage. Le soir nous sommes invités dans sa cuisine pour le souper, une piece au caractere fort et traditionnel, que seul chauffe un vieux poele a bois. Un copain d'Izmir rencontré plus tot dans le car nous y a rejoint peu apres avoir loupé son train. Nous retrouver fut chose facile explique-t'il : deux vélos et deux impers rouges ne passent pas inaperçus dans cette ville...
Apres quelques jours passés a errer dans les environs et a dévorer les fameux Kunefeı Kaımac (gateau local hyper sucré, avec du fromage et un morceau de beurre lacté fondant dessus... donc hyper gras aussi), nous repartons pour Ankara, la capitale administrative turque par excellence, une ville de tours, de collines et de grands boulevards aux allures post-soviétique. Nous y serons chaleureusement accueillis par Hullya, une femme kurde engagée dans de nombreuses causes, dont la libre circulation des vélos. Ainsi avec elle nous découvrirons la ville, ces batiments-légos, ces grandes surfaces futuristes mais aussi quelques vieux quartiers encore épargnés par le temps. Puis nous faisons cap vers Byzance.
Fevrier 2010 La ville aux mille mosquées...
C'est fou comme cette ville a changé ! Nous l'avions tous deux découverte une premiere fois il y a 15 ans. Nous nous y trouvions au meme moment, mais nous ne nous connaissions pas encore. Nous avions tous deux été marqués par son Bosphore, les lourds mugissements des paquebots, les majestueuses mosquées dominant la ville mais aussi par ses quartiers insalubres, ses estropiés, ses chats et ses vendeurs d'épices ou de tapis qui vous invitaient a boire le thé. Aujourd'hui toute cette poussiere a été balayée pour faire place au monde moderne, ou du moins cachée derriere les façades des rues excentrées, ainsi oubliée et laissée pour compte... Seuls les grands édifices et quelques quartiers demeurent inchangés, pour le reste nous redécouvrons une Istanbul contemporaine, cosmopolite, pleine de buildings, de bars branchés, de grandes marques et de gens sapés. Malgré cette modernisation la ville n'a pas perdue son ame: le pont de Galata attire encore une foule de pecheurs, on y vend des marrons chauds, de bons loukoums et il fait toujours bon marcher le long du Bosphore, fidele a lui meme et a ses bateaux.
Nous venons d'arriver a Uskidar, coté asiatique, ou nous attend notre hote Lutfi. Dans quelques instants nous embarquerons pour un moment sacré du voyage : le seul ou nous remettrons a nouveau les pieds en Europe, ne serait-ce que pour quelques jours...
Lutfi est un jeune chirurgien stamboulois avec le coeur sur la main (le sien en l'occurence). Passionné de vélo, de voyages, de bieres et de blues, il s'avérera aussi etre un excellent guide pour nous, probablement l'un des meilleurs, et surtout un bon copain. Il connait tous les coins et recoins de la ville, ou quasiment. Il sait ou aller manger le soir pour bon et pas cher, comme cette cantine secrete de cinq tables, mais des plus conviviales. On y boit les meilleurs Ayran et on y mange les meilleurs desserts de la ville, seulement voila nous avons promis a la patronne, fidele a sa discrete clientele, de ne jamais divulguer l'adresse.
Nous occupons nos journées entre les visites et... les visites, et nous marchons beaucoup. Ca fait du bien apres tout ce vélo de se ballader en sac a dos ! Nous redécouvrons la Grande Sophie, la Mosquée Bleue, la Citerne Basilique et bien sur le palais de Topkapi. Nous retournons aussi dans le Grand Bazar, changé au profit du grand tourisme. On y vend des articles plus ou moins authentiques, voir pas turc du tout comme ces t-shirts de Bob Marley ou des Simpsons et qui font un peu tache au milieu des fascinants korogüz (marionnettes du théatre d'ombre), des loupiottes et des nazar boncuk (oeils turcs). Non loin de la ce trouve (pour notre plus grand bonheur) le meilleur Salhep de la ville (boisson a base de lait chaud, de fleur d'oranger et de cannelle). Apres deux essais ratés, car il faut y arriver a la bonne heure, nous nous y empressons accompagnés de Willy, notre ami instit de l'école de La Bonne Aventure. Nous l'avons retrouvé au pied de Ste Sophie, apres avoir appris sa venue a Istanbul pour ses vacances de février. Avec lui nous avons ouvert les nombreuses lettres écrites par les enfants de la classe de CP / CE1 dans lesquelles nous sommes déguisés en bol, en ananas, en momie, en bus ou en baignoire...


Fevrier 2010 Retour sur Ankara
La chasse aux visas est ouverte ! bien que la perspective des mornes journées a courrir les consulats ne nous plait guere. Mais bon c'est l'étape obligée du voyage. Visa apres visa, il faut s'y coller, et nous tourbillonnons dans la ville depuis l'intérieur des taxis qui commencent eux aussi a en vouloir a nos ronds. Les pages de nos passeports se remplissent de tampons et de visas, comme ceux pour l'Ouzbekistan et le Tadjikistan, ce dernier servi avec un verre de vodka. Mine de rien ça a quelque chose d'excitant cette chasse aux visas, on visite de curieuses maisons aux drapeaux inconnus et aux intérieurs tapissés de cartes et d'images de lieux qui nous font rever. C'est aussi (et surtout) ce qui détermine la suite de notre périple. Si bien qu'a chaque validation on éprouve un profond soulagement a le voir se prolonger un peu plus. Nous reste a patienter pour le visa Turkmene, au bon soin de la bureaucratie consulaire. Et quant au visa Azéri, il nous faudra réessayer en route.
Afin d'occuper au mieux ces 7 jours d'attente, nous filons pour la Cappadoce et ses "dames coiffées", des curiosités géologiques, célebres dans l'anatolie. La-bas nous logeons chez Abdul, un ami d'ami, sa porte grande ouverte aux voyageurs.
Mars 2010 Les routes de l'Anatolie
Cela fait toujours quelque chose de remonter en selle apres une pause marquée. Il y a toujours cette phase de ré-accoutumance -et meme apres 5 mois de vélo on y échappe pas- courte soit-elle. Puis bien vite les plaisirs de la petite reine nous réinvestissent complétement, a tel point que l'on ne voudrait plus que les journées s'arretent. Au sortir d'Ankara il faut patienter un peu avant de quitter le traffic cher aux grandes villes. Mais une fois chose faite, route et paysages deviennent un régal ! Nous nous élançons, la tete dans le guidon et les poches débordantes de visas a travers ce vaste et fou décor anatolien. Les montagnes ont changées, tout a l'air plus grand qu'avant, les vallées prennent gentillement des allures de steppes, forte sensation d'etre seuls au milieu de toute cette immensité. Le printemps ajoute son parfum a la scene, avec ses premieres touffes d'herbes et ses chorales d'oiseaux au taquet. C'est qu'on ne s'ennui pas dans un monde comme ça ! Il y a plein de choses a voir, du vert, des rivieres... mais pas un seul arbre (meme un tout petit). Les oiseaux chantent donc par terre, comme tout le monde, dans l'herbe.
Certaines journées restent encore bien fraiche et chargées d'humidité. On sent l'hiver trainant. Nous on aimerait bien qu'il fiche le camp. Une nuit une tempete de neige vient nous surprendre et applatir notre tente, que nous parvenons a maintenir debout grace a nos nombreuses interventions.
Arrivée a Amassya, nous cherchons un endroit chaud pour nous reposer et faire sécher le matos rangé-mouillé. Nous parvenons par dénicher une piaule dans un motel de routiers, assez large pour y étendre notre toile de tente. Cette derniere ressemble plus a une grosse feuille d'épinard qu'a un abrit digne de ce nom. Le soir tombé nous tombons aussi, au milieu de nos sapes encore fumantes, et bien content d'un peu de repos.
C'est vers le nord que nous filons afin de joindre Samsun en premier lieu, ou nous accueil une charmante famille, celle de notre ami Onder, l'instant d'un peu de bon temps autour d'une belle tablée turque.
Mars 2010 Mer Noire
Apres deux jours passés chez Onder nous regagnons les bords de Mer Noire. La route sillonne la cote et ces villages peuplés de mosquées et de cafés ou l'on nous invite souvent a nous arreter pour une dizaine de tasses de thé, le temps de parler politique (les turcs sont friands de ce sujet) pour en venir au refus d'intégration de la Turquie dans l'UE. Malgré la forte déception trahie sur leurs visages les Turcs ne nous montrent aucune rancoeur et restent toujours curieux et enjoués. Offrir le thé fait parti de leur nombreux principes d'égards envers les étrangers. Nous repartons ainsi a chaque fois la vessie pleine a craquer, entre mer, marins et cimes enneigées.
Il semble cette fois-ci que quelque chose nous ai précédé. Nous ne savons encore ni comment ni par qui -peut etre la magie turque- nos hotes de Trabzon ont entendu parlé de nous, savoir que l'on était français et deux, et qu'on se dirigeait vers eux ! Nous nous retrouvons alors a bonne adresse chez trois sympathiques étudiants, a partager un peu de leur quotidien, et eux a nous aider dans nos démarches ou a nous faire découvrir leur ville. La magie du voyage... En tout cas les Turcs ont bien l'hospitalité dans le sang ! Trabzon est sans doute l'un des meilleurs bons-plans au monde pour ce qui est d'obtenir le visa Iranien : 2 heures chrono, une bonne poignée de main... (et une carte du pays offerte). C'est aussi une jolie ville ou l'on y mange de bonnes choses en matiere de pains, de gateaux et de fromages. Le reste de notre temps nous le passons a jouer les mécanos, penchés au chevet de nos vélos pour une révision de printemps. C'est qu'il s'agit qu'ils soient performants pour toute la route qui nous attend. Vient pour nous le moment de saluer nos amis et de faire cap vers l'Iran, avec une escale a Erzzerum dans un premier temps, puis Doğubayazıt, au pied meme du Mont Ararat.
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